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Rencontre avec une communauté chrétienne catholique de Moselle, à Thionville (rive gauche). Trouver les infos qu'il vous faut: prière, réflexion, méditation, baptême, première communion,confirmation, sacrement de l'ordre, mariage, funérailles, .......

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L'année de la Charité 1ère partie

 
Lettre pastorale de l’évêque de Metz
à l’occasion du 100ème anniversaire
de la Fédération Caritas
 
1ère partie
 
Au clergé et aux fidèles du diocèse de Metz
 
 
            Chers frères et sœurs,
 
                En décembre 1906, les œuvres caritatives du diocèse de Metz étaient fédérées dans la Caritas diocésaine, véritable conseil de la solidarité avant le temps.
 
                Le diocèse de Metz entend marquer cet anniversaire important par une « année de la charité » ; année surtout de réflexion sur ce qu’est la charité pour les chrétiens.
 
                Le mot de charité n’est-il pas en effet profondément dévalué ? Ne signifie-t-il pas le plus souvent qu’une minable aumône, tellement offensante pour le bénéficiaire que celui-ci en appelle à la justice contre la charité ? Une telle signification n’a plus grand chose à voir avec la charité dont parle le Nouveau Testament et qui est au cœur du message de Jésus.
 
                L’objectif de l’année de la charité et de la présente lettre pastorale est de découvrir le commandement toujours nouveau que Jésus nous a légué (Jn 13,34), nouveau en tant qu’advenant alors dans l’histoire, nouveau surtout en ce qu’il nous rend participants de l’éternelle nouveauté de Dieu et de son amour.
 
                La charité bien comprise, nous allons le voir, ne saurait être rendue désuète par la justice, la solidarité ou l’humanitaire. Ces termes et les réalités qu’ils désignent dépendent en effet de la charité comme des fruits que l’arbre donne en sa saison.
 
                Il ne faut certes pas méconnaître l’hostilité dont la charité chrétienne a pu être l’objet. Le marxisme l’a récusée hier comme « opium du peuple », empêchant de construire la Cité de l’homme promise à son idéologie. En Union soviétique ou ailleurs, les actions caritatives, interdites à l’Eglise là où elle était tolérée, ont été considérées comme un délit politique et réprimées comme tel, par exemple la confection de prothèses pour des handicapés laissés pour compte par le régime.
 
                Aujourd’hui, la dévaluation de la charité est peut-être plus subtile : pour certains idéologues, par exemple, nous devrions à la charité chrétienne la découverte du souci de l’autre et de l’exigence éthique universelle, mais devenus adultes nous n’aurions plus besoin de la béquille de la transcendance liant l’éthique à Dieu. La réflexion sur la charité s’est sécularisée et tourne autour de l’humanitaire ou de la solidarité, comme il est facile de s’en rendre compte. Au mieux, on considère la charité chrétienne comme la préhistoire de l’humanitaire, ou pire on la dévalue et on fait commencer l’humanitaire avec Henri Dunant et la Croix Rouge, voire avec les French doctors de la guerre du Biafra ! Renoncer à la charité pour laisser le souci des pauvres aux seules organisations de toutes sortes, quelle qu’importance qu’elles aient par ailleurs, seraient pour les chrétiens une démission. La charité a une histoire, elle s’est incarnée dans des organisations proprement chrétiennes qui n’ont rien perdu de leur actualité comme le montre l’histoire récente. Reconnaître cette histoire n’est ni un repli identitaire, ni une méconnaissance de la valeur d’initiatives nées en dehors de la foi chrétienne, mais être tout simplement fidèles au réel.
                Il y a quelque cinquante ans, Mgr Rodhain le disait déjà : « La charité n’est ni périmée, ni anachronique. Certains ont pu le croire, un instant, devant les progrès du monde. Mais la charité ne passe pas. Il n’y a pas absence de charité. Il y a méconnaissance de son nom, de sa notion, de sa place. Il faut la réhabiliter ».
 
                Réhabiliter la charité, tel est l’objet de notre année de la charité et de la présente lettre.
 
* * *
 
 
1.            La charité a une histoire
 
                Oui, la charité a une histoire. Sans minimiser les pierres d’attentes hors du christianisme dans les cultures et les religions anciennes, la charité fait partie de la nouveauté apportée par l’Evangile. L’amour spécifique qu’elle révèle n’a plus seulement une fonction ou une dimension anthropologiques comme l’éros, la philia (l’amitié) ou la compassion, mais il a une source proprement divine dans la personne de Jésus et le message qu’il délivre.
 
                L’histoire de la charité coïncide avec celle de l’Eglise. L’histoire la divisera en périodes : souci des pauvres dès l’âge apostolique comme le montrent les Actes des Apôtres, l’apport de la vie monastique, les initiatives novatrices de saint Vincent de Paul, l’extraordinaire créativité provoquée par les mouvements sociaux du XIXe siècle, l’élaboration d’une doctrine sociale, l’émergence de figures emblématiques dans un monde globalisé comme celle de la bienheureuse Mère Térésa de Calcutta.
 
                Dans cette longue histoire, on peut sans doute relever des ambiguïtés, des périodes d’affadissement voire de déviations, mais aussi des remises en cause et des renouveaux. Cette histoire, ce sont surtout des personnes, par exemple le protomartyr Etienne, Basile de Césarée, Jean Chrysostome, François d’Assise, Vincent de Paul, Jean de Dieu, Martin de Porrès, Jean-Martin Moyë, l’Abbé Gap, Anne de Méjanès, Frédéric Ozanam, Damien de Veuster et tant d’autres…
 
                Ces personnalités, ce sont autant d’efforts pour adapter la charité à des besoins nouveaux, car la charité est constante adaptation sous la conduite de l’Esprit à des besoins inédits. Fondamentalement, la charité reste toujours la même, mais elle prend de nouveaux visages. Célébrer le centième anniversaire de la naissance de Caritas Moselle ne consiste pas à revenir un siècle en arrière, mais à rendre grâce pour l’aventure centenaire qui doit nous conduire aujourd’hui à innover en fonction des appels actuels : gens de la rue, sans papiers, malades du sida et bien d’autres. Autant de frontières où la charité du Christ nous pousse et que la société civile n’a pas encore pleinement investies… Le moment est venu de parler explicitement de cette charité qui nous fait vivre.
 
 
2.            C’est lui qui nous a aimés le premier (1 Jn 4,10)
 
                J’ai souvenir qu’en 1953, pour marquer le huitième centenaire de la mort de saint Bernard (1091-1153), le diocèse de Dijon avait organisé dans ses établissements catholiques un concours de version latine : il s’agissait de traduire un passage du De diligendo Deo (Traité de l’amour de Dieu) de saint Bernard. L’adolescent que j’étais alors gagna ce concours, mais il fut surtout bouleversé par la citation de la première lettre de saint Jean : « quoniam ipse prior dilexit nos » (1 Jn 4,10). Oui, Dieu nous a aimés le premier, en nous créant certes, mais plus encore en nous rachetant : « Voici comment Dieu a manifesté son amour (agapè) pour nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui. Voici à quoi se reconnaît l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est lui qui nous a aimés (le premier), et il a envoyé son Fils qui est la victime offerte pour nos péchés » (1 Jn 4, 9-10). Notre lectionnaire liturgique traduit par amour le grec agapè et le latin charitas, mais il s’agit bien évidemment de la charité. Si Dieu nous a aimés le premier, la charité vient de lui (1 Jn 4,7). Par conséquent, tout acte de charité , qu’il nous entraîne vers Dieu ou vers nos frères, a sa source en lui.
 
                La première lettre de saint Jean se fait évidemment l’écho de l’enseignement de Jésus lui-même. Par ses paroles et par sa vie, Jésus nous révèle son Père qui est la véritable source de l’agapè. Par sa mort sur la croix, il nous montre jusqu’où peut aller l’amour du Père.
 
                Dans ses derniers entretiens, il donne le commandement nouveau : « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres » (Jn 13, 34).
 
                Ce commandement est nouveau, en ce sens qu’il s’agit d’aimer comme Jésus, c’est-à-dire jusqu’au don total de sa vie. Dans son Traité de l’amour de Dieu, saint Bernard déclare que la mesure d’aimer Dieu, c’est d’aimer sans mesure, parce que, précisément, la mort de Jésus nous révèle l’incommensurable de l’agapè.
 
                Ce commandement est nouveau, en ce sens qu’il ne connaît plus de frontières. Le prochain, pour le chrétien, ce n’est plus seulement le compatriote ou le coreligionnaire, mais tout homme que l’on côtoie, quels que soient sa race, son sexe, sa religion ou sa culture.
 
                Ce commandement enfin est nouveau en ce qu’il commande tout et que, maintenant, il n’y en a plus d’autre : « C’est la loi et les prophètes » (Mt 7,12) ; « Celui qui aime son prochain a pleinement accompli toute la loi » (Rm 13,8).
 
                Aimer de charité en réponse à l’amour de charité de Dieu envers nous peut prendre deux formes, mais celles-ci, nous avertit Jésus, ne peuvent être dissociées : « Tu aimeras (de charité) le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit ; voilà le plus grand et le premier commandement. Le second lui est semblable : Tu aimeras (de charité) ton prochain comme toi-même » (Mt 22, 27-39).
 
                Dans ses conférences aux premières filles de la charité, saint Vincent de Paul leur explique précisément que vaquer au service du prochain, alors que celui-ci les arrache à leur oraison, ce n’est point quitter Dieu, mais quitter Dieu pour Dieu.
 
                Le Père André Festugière († 1982), érudit qui connaissait comme nul autre le monde gréco-romain dans lequel la foi chrétienne s’est d’abord répandue, m’a souvent confié avec émotion que la découverte de l’agapè avait bouleversé le monde antique et l’avait conduit à l’Evangile. Lorsque, dans la première lettre aux Corinthiens, l’apôtre Paul nous parle de l’agapè, il se fait l’écho de ce bouleversement : « Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je suis un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit. Et quand j’aurais le don de prophétie, la science des mystères et toute la connaissance, quand j’aurais même toute la foi jusqu’à transporter des montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien. Et quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais mon corps pour être brûlé, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien ! » (1 Co 13, 1-3).
 
                Il ne nous est pas difficile d’actualiser ces propos : « Quand je donnerais toute ma fortune pour l’aide aux victimes du tsunami du sud-est asiatique, et quand je viderais mon compte en banque au profit d’organismes qui luttent contre la faim, l’exclusion ou la précarité, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien… ». Ces propos peuvent nous choquer, mais ils nous viennent de quelqu’un qui avait fait comme nul autre l’expérience de l’amour miséricordieux et qui entend affirmer l’essentiel du christianisme.
                « La charité ne périra jamais, ajoute-t-il. Maintenant, ces trois demeurent : la foi, l’espérance, la charité ; mais la plus grande des trois, c’est la charité » (1 Co 13, 8.13). Et de conclure : « Faites tout pour avoir la charité ».
 
 
3.            Une vertu théologale
 
                La théologie chrétienne fera de la charité une vertu théologale [1], avec la foi et l’espérance.
 
                L’Abrégé du Catéchisme de l’Eglise catholique définit ainsi les vertus théologales :
 
                « Ce sont les vertus qui ont Dieu lui-même pour origine, pour motif et pour objet immédiat. Infuses en l’homme avec la grâce sanctifiante, elles rendent capables de vivre en relation avec la Trinité ; elles fondent et animent l’agir moral du chrétien, en vivifiant les vertus humaines. Elles sont le gage de la présence et de l’action de l’Esprit Saint dans les facultés humaines » (n° 384).
 
                Quant au Catéchisme de l’Eglise catholique, il définit la charité comme « la vertu théologale par laquelle nous aimons Dieu par-dessus toute chose pour lui-même, et notre prochain comme nous-mêmes pour l’amour de Dieu » (n° 1822).
 
                En d’autres termes, il s’agit d’être les mains et le cœur de Dieu en ce monde et pour ce monde : « La charité, disions-nous évêques de France en 1998, c’est Dieu en nous qui aime le monde » (Evêques de France, L’urgence de la charité). La vieille expression : « Pour l’amour de Dieu », reprise par le Catéchisme de l’Eglise catholique, ne veut pas dire que le prochain ne serait pas aimable en lui-même, mais elle nous rappelle la source de la charité : « Nous reconnaissons que nous aimons les enfants de Dieu, dit saint Jean, lorsque nous aimons Dieu et que nous accomplissons ses commandements » (1 Jn 5,2).
 
                La charité nous fait vivre avec le Christ, elle nous introduit dans sa relation d’amour avec le Père au cœur de la Trinité Sainte. Dans le Christ et avec le Christ, elle nous fait communier à la volonté du Père : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et de mener son œuvre à bonne fin… je ne cherche pas ma volonté, mais celle de celui qui m’a envoyé… je suis descendu du ciel non pour faire ma volonté, mais celle de celui qui m’a envoyé… » (Jn 4,34 ; 5, 30 ; 6,38).
 
                J’aime pour ma part reprendre la prière de ce grand apôtre que fut saint Dominique. On nous dit en effet qu’en sa jeunesse religieuse : « Une de ses demandes fréquentes et singulières à Dieu était qu’il lui donnât une charité véritable et efficace pour cultiver et procurer le salut des hommes : car il pensait qu’il ne serait vraiment membre du Christ que le jour où il pourrait se donner tout entier, avec toutes ses forces, à gagner des âmes, comme le Seigneur Jésus, Sauveur de tous les hommes, se consacra tout entier à notre salut » (Jourdain de Saxe, Les origines de l’Ordre des Prêcheurs, n° 13). Pour saint Dominique, la charité n’est pas d’abord dans un faire, fût-il apostolique, mais dans le fait d’être membre du Christ, et l’apostolat lui-même est moins dans le faire que dans le don total de sa personne à l’imitation de Jésus Sauveur.
 
                Le comportement de saint Dominique nous montre également que la charité n’est vive en nous que dans la prière : il nous faut demander à Dieu la charité. Il nous montre aussi que ce que nous devons donner à nos frères, ce sont non seulement les biens matériels, mais encore les biens spirituels : partager avec eux la Bonne Nouvelle qui nous fait vivre : « Charitas Christi urget nos », déclare l’apôtre Paul (2 Co 5,14). La charité du Christ nous saisit à la pensée de tous ceux qui ne connaissent pas encore la Bonne Nouvelle de Jésus ressuscité. C’est ce qui a mis en branle des générations de missionnaires et qui leur a permis de persévérer dans l’évangélisation.
 
                Puisque la charité nous pousse à prodiguer à nos frères les biens spirituels comme les biens matériels, il y a avantage à ne pas dissocier les deux dans l’organisation concrète de la charité. C’est entre autres la raison pour laquelle nos divers Conseils de la solidarité réunissent ensemble œuvres missionnaires (comme les O.P.M.) et œuvres de miséricorde corporelle.
               
                Comme saint Dominique, nous devons demander la charité dans la prière :
 
« Rends-nous dignes, Seigneur, de servir nos frères
qui, dans le monde entier, vivent et meurent
dans la pauvreté et la famine.
Donne-leur, aujourd’hui, par nos mains, le pain quotidien ;
et, par notre amour compréhensif, donne-leur le pain et la joie »
(Bse Mère Térésa de Calcutta)
 
 
                C’est dans la célébration de l’Eucharistie que nous devons principalement demander la charité comme un fruit de la communion, ainsi que l’expriment de très nombreuses post-communions, par exemple celle de la fête de saint Louis de France (25 août) :
 
« Dieu plein de bonté,
tu as donné à saint Louis
un amour exemplaire pour les pauvres ;
Permets que, rénovés à la table eucharistique,
nous sachions, comme lui,
reconnaître et servir le Christ
dans les plus déshérités de nos frères ».
 
 
                Bien avant Mère Térésa de Calcutta, saint Bernard de Menthon, fondateur des chanoines du Grand-Bernard, ne voulait pas séparer le service des pauvres de l’adoration eucharistique et il donna comme devise à l’hospice qu’il établit vers 1050 sur le col du Mont-Joux, « Ici, le Christ est adoré et nourri ».
 
                Tout cela interpelle vivement nos organisations caritatives catholiques, leurs salariés et leurs bénévoles. Quelle est l'âme de ces organisations et des personnes qui sont à leur service, sinon la charité ? Or cela n’est pas automatique, un ressourcement constant est nécessaire, si celui-ci n’existe pas, ces organisations deviendront très vite de simples institutions profanes. Si l’Eglise tient à avoir des organisations caritatives spécifiques, c’est pour que la charité chrétienne y soit vécue avec intensité et efficacité. Les conseils de la solidarité ont en la matière un rôle important à jouer, mais aussi les assistants ecclésiastiques que l’on continue d’envoyer auprès de ces organisations caritatives. La célébration du centenaire de Caritas Moselle doit faire exister cette question et lui apporter des réponses appropriées.
 
                Le quarantième anniversaire de la clôture du 2ème Concile du Vatican (8 décembre 1965) remet très opportunément en avant les documents de ce Concile. Le décret Apostolicam actuositatem sur l’apostolat des laïcs, promulgué le 18 novembre 1965, parle à juste titre de l’action caritative comme du sceau de l’apostolat chrétien :
 
                « Tout apostolat trouve dans la charité son origine et sa force… En ses débuts, la Sainte Eglise en joignant « l’agapè » à la Cène eucharistique se manifestait tout entière réunie autour du Christ par le lien de la charité, ainsi en tout temps elle se fait reconnaître à ce signe d’amour ; tout en se réjouissant des initiatives d’autrui, elle tient aux œuvres charitables comme à une partie de sa mission propre et comme à un droit inaliénable. C’est pourquoi la miséricorde envers les pauvres et les faibles, les œuvres dites de charité et de secours mutuel pour le soulagement de toutes les souffrances humaines sont particulièrement en honneur dans l’Eglise » (n° 8).
 
4.            L’Eglise se réjouit des initiatives d’autrui
 
                De nombreux hommes et femmes qui ne partagent pas la foi chrétienne se dépensent tout autant que les chrétiens au service de leurs frères et prennent des initiatives parfois aussi efficaces que celles de l’Eglise. Même s’ils ne vivent pas de la charité théologale, qui est le propre de la foi chrétienne, leur engagement n’est pas dépourvu de valeur évangélique.
 
                Certains commentaires autorisés du jugement des nations en Matthieu 25, 31-46 les voient dans ces justes qui répondent au Seigneur : « Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? » (25, 37). Quant à l’affirmation finale du Roi : « Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avait fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (25, 40), elle sera comme l’illumination finale de la portée réelle de leurs engagements. A travers ces frères et sœurs en humanité, c’était le Christ que, sans le savoir, ils servaient.
 
                Dans la mesure où nous serons tous jugés sur l’amour que nous aurons eu pour nos frères, on peut concevoir ce jugement comme une révélation de la portée réelle de nos actes. Savoir dès maintenant dans la foi qu’à travers nos frères pauvres, c’est le Christ que nous servons, c’est tout autant une exigence supplémentaire qu’un privilège ; ne le découvrir qu’au moment du jugement, c’est réaffirmer avec fermeté que, même à travers les autres religions, le salut vient toujours du Christ.
 
                Il faut lire les initiatives de solidarité nées en dehors de la foi catholique à la lumière de ce texte de Jean-Paul II cité par l’Encyclique Redemptoris Missio :
 
                « Bien que l’Eglise reconnaisse volontiers tout ce qui est vrai et saint dans les traditions religieuses du bouddhisme, de l’hindouisme et de l’islam, comme un reflet de la vérité qui éclaire tous les hommes, cela ne diminue pas son devoir et sa détermination de proclamer sans hésitation Jésus Christ qui est « la Voie, la Vérité et la Vie »… Le fait que les adeptes d’autres religions puissent recevoir la grâce de Dieu et être sauvés par le Christ en dehors des moyens ordinaires qu’il a institués n’annule donc pas l’appel à la foi et au baptême que Dieu veut pour tous les peuples » (n° 55).
 
                Le chrétien lui-même peut, dans un premier temps, oublier que c’est le Christ en personne qu’il rencontre dans ses frères les plus défavorisés. On sait que François d’Assise s’est définitivement converti au Christ et à l’Evangile en embrassant un lépreux. Alors qu’il avait toujours éprouvé une forte répulsion pour les lépreux très marginalisés par la société médiévale, François se sentit un jour animé par une force intérieure qui le poussa à se vaincre lui-même. Alors, il descendit de cheval et embrassa le lépreux. Sitôt remonté sur sa monture, il se retourna et s’aperçut que le lépreux avait disparu. Il prit alors conscience que, sous les traits tuméfiés du lépreux, c’était la face du Christ crucifié qu’il avait rencontrée.
 
                Quoi qu’il en soit des innombrables initiatives de solidarité extérieures à la foi chrétienne, qui doivent légitimement nous réjouir, il n’y a aucune raison de dévaloriser ce qui fait le spécifique du christianisme. Réhabiliter la charité ne consiste pas à dévaluer les multiples initiatives de solidarité nées en dehors de la foi chrétienne.
 


[1]   L’Abrégé du Catéchisme de l’Eglise catholique définit la vertu « comme une disposition habituelle et ferme à faire le bien. 'Le but d'une vie vertueuse consiste à devenir semblable à Dieu’ (saint Grégoire de Nysse). Il existe des vertus humaines et des vertus théologagles » (n° 377).
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