MEDITATIONS SUR L’ÄNE
Dans l’imagerie populaire, l’âne est présent à des temps forts de la vie de Jésus :
… à la crèche, l’âne douceur et chaleur…
…lors de la fuite en Egypte, l’âne courage…
… aux Rameaux, l’âne docile….
Aux Rameaux, l’âne docile… Evangile des Rameaux, Lc 19, 28-40
Il marchait devant en montant vers Jérusalem. Et il arriva, comme il approchait de Bethphagé et Béthania vers la montagne appelée des Oliviers, qu'il envoya deux des disciples, disant :
"Allez vers le village en face, en y entrant vous trouverez un petit âne attaché. Personne ne s'est jamais assis sur lui. Détachez-le et amenez-le. Et si quelqu'un vous demande : 'Pourquoi le détachez-vous?', vous direz ainsi : ' Parce que le Seigneur a besoin de lui'.
Les envoyés partirent et trouvèrent comme il leur avait dit. Comme ils détachaient le petit âne, ses maîtres leur dirent :
"Pourquoi détachez-vous le petit âne?"
et ils dirent :
"Parce que le Seigneur a besoin de lui",
et ils le menèrent à Jésus, jetèrent leurs manteaux sur le petit âne et firent monter Jésus. Tandis qu'il avançait, ils étendaient leurs manteaux sur la route.
Le petit âne, éduqué à être docile, trouve normal qu'on l'emmène ici ou là. Il pourrait avoir peur de cette aventure, de ces inconnus, de ce poids à porter, de ces cris autour de lui. Il pourrait s'imaginer être le héros de la fête mais il se contente de remplir sa mission de son mieux.
Dans Matthieu et Marc, Jésus promet de rendre le petit âne à ses propriétaires juste après, mais ici, chez Luc, il ne promet rien. On ne sait pas ce que deviendra le petit âne. Ceux que Dieu appelle à son service ne savent pas où Il les emmène. Brisant les liens légitimes, Il prend ceux dont Il a besoin : c'est Lui qui décide. Pour être « détaché » comme le petit âne appelé au service de Jésus, il faut avoir été attaché… et être docile !
L’âne sauvage et l’âne domestique… « sous le joug » !
Za 9, 9-10 : « Tressaille d’allégresse, fille de Sion ! Pousse des cris de joie fille de Jérusalem ! Voici que ton roi s’avance vers toi ; Il est juste et victorieux, humble monté sur un âne, un ânon tout jeune» Le prophète Zacharie invitait le peuple à offrir un accueil triomphal à un roi surprenant. Un roi à la fois victorieux et humble, « monté sur un âne, un âne tout jeune ».
Une telle monture n'a rien de flatteur pour un haut personnage. Un cheval serait plus à la hauteur. Comme ces « chevaux de guerre » dont parle la suite du texte. Prenons le temps de nous étonner de cette curieuse préférence. L'âne a beaucoup à nous apprendre sur notre conduite…
Dans notre culture, l'âne est très apprécié par les enfants en raison de sa douceur. Il attire la sympathie. Pourtant il a souvent mauvaise réputation : « têtu comme un âne » , le « bonnet d'âne » qui faisait remarquer le mauvais écolier ! Il en est tout autrement dans le monde de la Bible : l'âne passe pour être l'animal domestique le plus estimé. On le dit affectueux et reconnaissant envers son maître. Il rend de grands services dans les pays de montagne. Il avance à pas lents quelles que soient les difficultés du chemin.
Le cheval était la monture guerrière tandis que l'âne avait un caractère familial et pacifique [
1]. Pourquoi cette contradiction entre la mauvaise réputation actuelle et l'estime aux temps bibliques ? En fait, on rencontre deux sortes d'ânes dans la Bible : l'âne sauvage qui symbolise l'élément instinctif de l'homme et l'âne domestique qui est appelé d'un nom différent. Son nom signifie littéralement « sous le joug [
2] ». Il n'y a donc pas contradiction mais plutôt une ambivalence : l'âne est tantôt cet animal rebelle et obstiné, tantôt un collaborateur brave et vigoureux. Finalement, n'est-il pas un peu l'image de notre conduite ? Bornés et capricieux tant que nous nous en remettons à nos instincts. Collaborateurs appréciés lorsque nous acceptons de nous mettre à l'école du Christ. C'est exactement ce que veut dire saint Paul lorsqu'il parle de « l'emprise de la chair ». Celui qui vit sous l'emprise de la chair ressemble à l'âne sauvage. Livré à lui-même, à ses envies et à ses instincts, sa vie est affectée par tous ces « désordres de l'homme pécheur ». Alors que celui qui se laisse apprivoiser par le Christ entre dans un nouveau mode de vie. Il vit « sous l'emprise de l'Esprit Saint », l'Esprit d'amour qui le conduit à trouver son épanouissement dans le service des autres. Telle est notre vocation profonde : accepter de vivre sous le joug de l'Esprit, sous l'emprise de l'Esprit pour réaliser une œuvre qui nous dépasse.
Nous pouvons mieux comprendre à présent la bonne nouvelle proposée par Jésus : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau… prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples. » Le rapprochement avec l'âne est intéressant. Le joug est cette pièce de bois qui permet à deux bêtes de somme de conjoindre leurs efforts. Ce qui est impossible seul, devient possible grâce à l'attelage. Le joug, cette pièce d'attelage, est la figure de la Loi. Nous pensons à la Loi divine mais il y a déjà la loi au sens le plus général. Il ne peut pas y avoir de vie en société, sans une loi qui nous associe les uns aux autres, qui règle nos relations. La loi est nécessaire à toute vie sociale mais elle apparaît souvent comme un fardeau pesant car elle comporte des obligations pour les individus. Du temps de Jésus, les tables de la Loi ( l'ensemble des prescriptions) étaient devenues plus pesantes à cause du zèle maladroit de scribes et de pharisiens. Cependant jamais Jésus n'a prétendu abolir la Loi. Il est venu l'accomplir, la conduire à sa perfection qui est l'amour. En effet, si la Loi est faite pour régler les relations entre les personnes, ces relations parviennent à leur perfection par l'amour et dans l'amour.
Cet amour dont la source et le terme est en Dieu : « Dieu est amour ». Tel est le joug que Jésus nous propose : « Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur et vous trouverez le repos. » Quelle est donc la douceur que Jésus veut nous partager . La douceur de Jésus est caractérisée par un regard bienveillant, éclairé par l'espérance, « une attitude positive d'accueil à l'égard de Dieu et de tout homme [
3] ». Il est le modèle de l'humilité. En Jésus, Dieu s'est fait petit et discret pour que nous puissions le rencontrer plus facilement : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits. »
À partir de tout cela, nous pouvons dégager facilement quelques recommandations pour la période qui vient. Le contre-exemple de l'âne sauvage nous invite à ne pas laisser libre cours à nos instincts.
Le vrai repos est plutôt du côté de celui qui accepte le joug léger d'une pratique chrétienne, à l'école du Christ. N'est-ce pas le moment de donner davantage de temps à la prière, à la méditation, à une réflexion éclairée par un bon livre ? Dans la Bible, le joug est l'image de ce qui nous associe les uns aux autres. Cette période n'est-elle pas aussi le temps des rapports plus vrais avec les personnes que nous rencontrons, à commencer par les membres de notre famille ? La douceur et l'humilité de Jésus peuvent changer beaucoup de choses dans nos relations habituelles. Un regard bienveillant, positif, voilà ce que nous pouvons développer pendant cette période de changement. Si nous avons l'audace de nous mettre ainsi, humblement, « sous le joug » proposé par le Christ, « sous l'emprise de l'Esprit », notre vie quotidienne sera plus légère et rayonnante de l'Amour du Père manifesté en son Fils Jésus, « venu non pour être servi mais pour servir » (Mt 20, 28)
Source : - P. Jacky Marsaux
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1] Selon Xavier LÉON-DUFOUR, Dictionnaire du Nouveau Testament (DNT), Éd. du Seuil 1975, article « âne ».
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2] En grec : hypozygion qui est justement le mot choisi par la Septante, la version grecque de l'Ancien Testament, pour Za 9, 9.
3] Xavier LÉON-DUFOUR, DNT, article « Douceur ».
A PROPOS DE FRERE ANE !!
Saint François d’Assise appelait son corps « Frère âne » et le traitait comme une bête de somme qui ne marche dans le droit chemin qu'à coups de verge, mais la vie spirituelle de l'homme réconcilié ne se construit pas à côté de la création et des forces obscures de la vie et du désir mais avec elles. Pas de dualité chez saint François à la fin de sa vie : il a demandé pardon à « frère âne » (son corps) qu'il a tant maltraité…
Eloi Leclerc - Le chant des sources
Une affaire d'ânes par Peter BRISCOE
« Ce qui compte pour les gens, ce n’est pas votre savoir, c’est l’intérêt que vous leur portez ! »
Jésus fit son entrée à Jérusalem sur un ânon – et il n’y a que Jésus qui puisse monter sur un âne qui n’a pas été « éduqué » - Au moment où j’écris ces lignes, nous nous trouvons au début de ce que l’on a coutume d’appeler « la semaine de la Passion », durant laquelle nous voyons Jésus faire preuve d’une des plus merveilleuses facettes de son caractère : l’Amour. Sa passion pour nous l’a motivé à faire le plus grand sacrifice qui soit : donner sa vie pour ses amis.
Il y a quelque temps, j’ai entendu l’un de mes amis s’exclamer : « Pourquoi est-ce que je ne me préoccupe plus de mes collègues de travail et de mes clients ? » De nos jours, l’un des plus grands problèmes relationnels c’est l’énergie émotionnelle que cela demande d’aimer les gens dans notre environnement de travail. La raison en est peut-être la « fatigue compassionnelle » - une expression inventée par les chercheurs – qui est l’équivalent de l’épuisement / burnout. Cela signifie que vous en avez assez de vous préoccuper des autres. Il ne vous reste plus rien pour qui que ce soit autour de vous. La recherche académique en décrit les 5 principales causes :
Passer trop de temps au travail : une surcharge quantitative dans votre rôle
Le fait de travailler pour un supérieur hiérarchique désagréable
Travailler dans un domaine qui requiert des aptitudes que vous n’avez pas encore acquises
Travailler dans un contexte où vous devez gérer des conflits
Une opposition entre vos valeurs et celles de l’entreprise
Jésus démontra de la passion pour les autres. « A la vue des foules, Il en eut compassion, car elles étaient lassées et abattues comme des brebis qui n’ont pas de bergers. Alors Il dit à ses disciples : la moisson est grande, mais il y a peu d’ouvriers. Priez donc le Seigneur de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson » (Matthieu 9 ; 36-38)
Et moi, comment puis-je développer cette même passion que Jésus démontrait ? Eh bien, c’est en attachant l’âne au cep ! En faisant faire une halte à votre ane, à vos affaires, à vos biens, à votre carrière… tout ce à quoi vous êtes « lié » ; et en vous attachant au vrai Cep, en laissant la vie du cep produire à travers vous une moisson fructueuse – dont le premier fruit sera l’amour et la compassion. Cette image intéressante fut donnée à Juda, l’un des douze fils de Jacob, ancêtre de David et de Jésus : « Il attache à la vigne son âne, et au meilleur cep le petit de son ânesse » (Genèse 49 ; 11)
Le roi Baudouin et l’âne
Confidence de la reine Fabiola : le roi Baudouin avait toujours dans la poche de sa veste, une petite figurine d’âne pour ne jamais oublier que comme l’âne, il devait servir Jésus !!