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Rencontre avec une communauté chrétienne catholique de Moselle, à Thionville (rive gauche). Trouver les infos qu'il vous faut: prière, réflexion, méditation, baptême, première communion,confirmation, sacrement de l'ordre, mariage, funérailles, .......

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homélie de notre évêque lors de la messe Chrismale

Prêtres pour un peuple sacerdotal



Au-delà de la finalité immédiate du renouvellement des saintes huiles, la liturgie de la messe chrismale nous invite à approfondir le mystère de Jésus Christ. Nous sommes tellement habitués à dire Jésus Christ que nous en oublions la signification profonde.
Jésus, qui veut dire en hébreu Dieu sauve (Mt 1, 21), nous sauve entre autres parce qu'il est l'Oint du Seigneur, comme il le déclare lui-même dans la synagogue de Nazareth : « L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce que le Seigneur m'a consacré par l'onction ». Or oint en grec se dit Christ et en hébreu Messie : oint, Christ et Messie sont trois mots synonymes.
Certes Jésus n'a pas reçu l'onction rituelle qui, sous la Première Alliance, consacrait le grand prêtre, ainsi que les rois et plus rarement les prophètes. En prenant chair dans le sein de Marie, le Verbe de Dieu a conféré à l'humanité de Jésus l'onction divine qui faisait de lui le Prêtre, le Prophète et le Roi de la Nouvelle Alliance et qui conférait la même consécration à tous les membres de son Corps.
La consécration messianique éternelle de Jésus vient de se révéler lors de son baptême par Jean quand, selon l'expression des Actes des Apôtres : « Dieu l'a oint de l'Esprit Saint et de puissance » (Ac 10, 38), « pour qu'il fût manifesté à Israël » (Jn 1, 31) comme son Messie.
Quand il arrive dans la synagogue de Nazareth, Jésus vient d'être baptisé par Jean. Seuls les quarante jours passés au désert à l'épreuve du tentateur le séparent de l'événement. Il peut donc déclarer que c'est bien lui le Messie. Il a reçu l'onction pour accomplir les missions attribuées traditionnellement au Messie et qu'il décline en citant Isaïe 61, 1-9, notre première lecture, et que l'on peut résumer en une phrase : « Il m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres ».
Les membres du Corps du Christ que sont tous les baptisés participent à la triple consécration du Christ comme Prêtre, Prophète et Roi. C'est la raison pour laquelle, lors de la réforme liturgique, le pape Paul VI a voulu faire de la Messe chrismale, en lien avec le jeudi saint, la fête du sacerdoce : sacerdoce unique du Christ, qui offrit son sacrifice le vendredi saint sur l'autel de la croix et en institua le mémorial le jeudi saint à la dernière Cène ; sacerdoce des évêques et des prêtres qu'il a appelés à continuer son œuvre en annonçant l'Evangile, en conduisant son peuple et en célébrant les sacrements, avec le pouvoir exclusif de célébrer son sacrifice et de remettre les péchés en son nom ; sacerdoce du peuple chrétien chargé lui aussi de faire connaître Jésus Christ, d'être dans le monde un ferment de sainteté et d'instaurer le Royaume de Dieu en accomplissant des tâches temporelles.
* * *
Les chrétiens, devenus d'autres christs par le baptême, n'auront jamais fini de découvrir et d'approfondir leur noble condition. Le Carême leur est offert chaque année pour cela. Les membres des Equipes d'Animation Pastorale du diocèse ont pu le faire au cours des samedis de Carême et, avec une équipe de jeunes frères dominicains, j'ai eu la joie d'animer la retraite dans la ville par internet sur le thème du sacerdoce des baptisés.
Le dernier Concile nous a rappelé qu'« Il a plu à Dieu que les hommes ne reçoivent pas la sanctification et le salut séparément hors de tout lien mutuel ; il a voulu au contraire en faire un Peuple qui le connaîtrait selon la vérité et le servirait dans la sainteté. C'est pourquoi il s'est choisi le Peuple d'Israël pour être son Peuple avec qui il fait alliance et qu'il a progressivement instruit... Tout cela cependant n'était que pour préparer et figurer l'Alliance nouvelle et parfaite qui serait conclue dans le Christ... C'est là la Nouvelle Alliance dans son sang, appelant un Peuple, venu des Juifs et des païens, à se rassembler dans l'unité, non pas selon la chair, mais dans l'Esprit » (Lumen Gentium, n°9).
Quelles sont les caractéristiques de ce Peuple qui le distinguent de tous les groupements religieux, ethniques, politiques ou culturels de l'histoire ?
- il est le Peuple de Dieu, c'est-à-dire qu'il est, selon l'expression de 1 P 2, 9-10, un peuple que Dieu s'est acquis « populus acquisitionis » et qui lui appartient : « Autrefois, vous n'étiez pas son peuple, mais aujourd'hui vous êtes le peuple de Dieu ».
- de ce peuple, on devient membre non par la naissance physique comme c'était le cas dans la Première Alliance, mais par « la naissance d'en-haut, de l'eau et de l'Esprit » (Jn 3, 3-5), c'est-à-dire par la foi au Christ et par le baptême.
- ce peuple a pour tête Jésus le Christ et, de ce fait, ce Peuple qui, par les sacrements du baptême et de la confirmation, a part à l'onction de Jésus, est le Peuple messianique.
- la condition de ce Peuple, c'est la dignité et la liberté des fils de Dieu : dans leur cœur, comme dans un Temple, habite l'Esprit Saint.
- sa loi, c'est le commandement d'aimer comme Jésus lui-même a aimé. C'est la « loi nouvelle » de l'Esprit Saint.
- sa mission, c'est d'être « le sel de la terre et la lumière du monde » (Mt 5, 13-16).
- sa destinée, c'est le « Royaume de Dieu, commencé sur la terre par Dieu lui-même qui doit se dilater de plus en plus, jusqu'à ce que, à la fin des temps, il soit achevé par Dieu lui-même » (Lumen Gentium, n°9).

Dans la continuité de la Première Lettre de Pierre, Lumen Gentium explique que, par le baptême, le chrétien participe à la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ.
* * *
Voilà succinctement évoqués les fondements de la vocation et de la mission des fidèles laïcs dans l'Eglise et dans le monde, voilà brièvement rappelées les raisons qui ont conduit notre Projet Pastoral Diocésain à inviter les baptisés à s'engager dans l'Eglise, par exemple dans le cadre des Equipes d'Animation Pastorale, sans déserter pour autant leur poste au cœur du monde.
Mais, pour que les fidèles laïcs puissent accomplir leur vocation et leur mission dans l'Eglise et dans le monde, ils ont besoin du sacerdoce ministériel ou hiérarchique des évêques et des prêtres qui seul rend visible la présence du Christ comme Tête et Prêtre de son Eglise : comme le rappelle le Catéchisme de l'Eglise catholique dans la continuité de Lumen Gentium : « Le sacerdoce ministériel est au service du sacerdoce commun, il est relatif au déploiement de la grâce baptismale de tous les chrétiens. Il est un des moyens par lesquels le Christ ne cesse de construire et de conduire son Eglise » (n° 1547). Loin de s'opposer, sacerdoce baptismal et sacerdoce ministériel ou hiérarchique sont ordonnés l'un à l'autre. Dans l'Exhortation apostolique Pastores gregis du 16 octobre 2003, concernant les évêques, il est écrit : « La réciprocité, qui existe entre le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel, et que l'on retrouve dans le ministère épiscopal lui-même, se manifeste dans une sorte de « circularité » (périchorèse) entre les deux formes de sacerdoce : circularité entre le témoignage de foi de tous les fidèles et le témoignage de foi authentique de l'évêque dans ses actes magistériels ; circularité entre la vie sainte des fidèles et les moyens de sanctification que l'évêque leur propose ; circularité enfin entre la responsabilité personnelle de l'évêque par rapport au bien de l'Eglise qui lui est confiée et la coresponsabilité de tous les fidèles par rapport au bien de cette même Eglise » (Pastores gregis, n° 20). Il n'y a donc pas d'Eglise sans évêques et sans prêtres. Il peut y avoir moins de prêtres aujourd'hui et demain qu'hier, mais il ne peut y avoir d'Eglise sans un minimum de prêtres. Jésus nous a invité à les demander au Maître de la moisson avec foi et persévérance dans une humble prière.
Dans le concret, le nombre insuffisant de prêtres est le plus souvent la cause du manque d'harmonie entre le sacerdoce baptismal et le sacerdoce ministériel et des dérives qui peuvent naître ici ou là. Chercher à augmenter le nombre des prêtres n'est pas priver les fidèles laïcs « d'avantages acquis », mais au contraire leur permettre de mieux accomplir leur vocation et leur mission.
J'invite les diocésains de Metz à tout entreprendre pour que notre Eglise diocésaine jouisse aujourd'hui et demain d'un nombre suffisant de prêtres et, pour cela, à faire sauter tous les verrous qui empêchent aujourd'hui encore de proposer sereinement aux jeunes le ministère de prêtre comme un chemin de croix sans doute, mais surtout comme un chemin de bonheur et de joie. « Introibo ad altare Dei, ad Deum qui laetificat iuventutem meam », disions-nous naguère au bas de l'autel avec le psaume 42,4, car c'est vrai que le prêtre est le serviteur de la vraie joie qu'apporte la recherche de Dieu et l'expérience de sa présence. Si seul Dieu est assez grand pour remplir la grandeur, la hauteur, la profondeur et la longueur de notre cœur, le prêtre est par excellence l'humble ministre de la joie du Seigneur.


+fr. Pierre RAFFIN, o.p.
évêque de Metz

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