Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Rencontre avec une communauté chrétienne catholique de Moselle, à Thionville (rive gauche). Trouver les infos qu'il vous faut: prière, réflexion, méditation, baptême, première communion,confirmation, sacrement de l'ordre, mariage, funérailles, .......

Publicité

La Religion d'un président post-moderne

La religion d'un président post-moderne
 
Par Thibaud Colin >>>>philosophe in La Croix du 18 janvier 2008
 
 
Le discours du Latran fera-t-il date? Le président Sarkozy y fait preuve d'une empathie remarquée envers les catholiques. En affirmant que «les racines de la France sont essentiellement chrétien­nes», en reconnaissant les souffran­ces subies par les catholiques lors de l'application de la loi de 1905, il use de son autorité pour compléter la mémoire nationale. Un tel récit historique est rendu possible par la redéfinition individualiste de la croyance, telle que Marcel Gauchet en a dessiné l'épure (2). La croyance religieuse est devenue un «carbu­rant» pour construire un sens à sa vie. La République, qui tirait sa grandeur de sa rivalité à la dogma­tique catholique, se retrouve en mal d'idéal et de motivation.
Nicolas Sarkozy a parfaitement pris acte de cette évolution, survenue depuis une trentaine d'années. D'où l'appel à ce qu'il nomme la «laïcité positive». Jean-Pierre Chevènement, ministre de l'intérieur, avait déjà employé une telle expression en 1997; mais il la définissait comme ce qui «fait de la chose publique une chose véritable­ment commune, où il n'y a place que pour l'argumentation éclairée par les lumières de la raison (3) ».
En une dizaine d'années, l'ex­pression a changé de sens. Là où la laïcité se mesurait à l'exercice de la raison, elle veille aujourd'hui au bon déploiement des énergies spirituelles. De là, dans les propos de Sarkozy, le thème récurrent de l'espérance utile à la vie sociale et donc la nécessité «de faciliter la vie quotidienne des grands courants spirituels».
Là où ta laïcité se mesurait à l'exercice de la raison, elle veille aujourd'hui au bon déploiement des énergies spirituelles.
Le président Sarkozy revient-il ainsi à la thèse de la religion comme «opium du peuple», selon l'accusa­tion de François Bayrou? Marx, qui dénonçait par là la racine de l'alié­nation sociale, le faisait au nom de ce qu'il considérait comme la rai­son véritable. Et la loi de 1905 était adossée à l'idéal humaniste d'une morale laïque se voyant comme libératrice des préjugés. En 2007, Marx et Jules Ferry, vestiges ruinés des Lumières, sont inopérants. La crise de la raison moderne est passée par là. Place au relativisme et au nihilisme, c'est-à-dire à la construction fragmentaire d'un sens à sa vie à partir de matériaux disponibles. Les religions retrou­vent alors une deuxième vie, bien différente de celle contre laquelle la République s'était édifiée.
Est-ce une bonne nouvelle? Les catholiques ont-ils à se ré­jouir de ce que la République, en la personne de son président, prenne acte de ce nouvel état de la croyance religieuse dans les démo­craties post-modernes? Ils peuvent certes se féliciter d'une parole qui met du baume sur la part humiliée de leur identité. Ils doivent cepen­dant se rendre compte qu'un tel discours prospère sur un terreau fort différent de celui sur lequel la République s'est forgée. L'illusion d'optique consisterait à mettre les mots prononcés par le président Sarkozy dans la bouche de Com­bes ou de Gambetta et d'en tirer la conclusion que la République fait amende honorable.
En réalité, le discours du Latran est le signe que la République, fidèle reflet des évolutions socié­tales, a fait le deuil des exigences rationnelles de vérité et d'univer­salité... qui restent cependant des présupposés essentiels pour une réception adéquate du Logos chrétien.
 
(1) Coauteur des entretiens avec Nicolas Sarkozy, La République, les Religions, l'Espérance (Cerf, 2004).
(2) La Religion dans la démocratie (Gallimard, 1998).
(3) Allocution lors de l'ordination épiscopale de Mgr Joseph Doré à Strasbourg (texte dans La Documen­tation catholique n° 2173 du 4 janvier 1998).
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article