Article paru dans La Croix du 28 août 2007
Mgr Francesco Folio
Observateur permanent du Saint-Siège
auprès de l'Unesco
Selon des lettres de Mère Teresa publiées en anglais à l'occasion du 10' anniversaire de sa mort sous le titre Come Be my Light («Viens, sois ma lumière») et dont l'hebdomadaire américain Time a obtenu les bonnes feuilles, la religieuse de Calcutta (béatifiée par Jean-Paul II dès le 19 octobre 2003) aurait connu une très longue et profonde «nuit intérieure», depuis 1946 et jusqu'à sa mort (lire La Croix du 27 août). Mgr Francesco Folio, ancien aumônier des Missionnaires de la Charité italiens à Rome et auteur de « Prier 15 jours avec Mère Teresa » (Nouvelle Cité), explique ce qu'il en est exactement.
Mère Teresa avait-elle perdu la foi?
« Non, Mère Teresa n'a jamais perdu la foi! Elle n'aurait jamais pu faire ce qu'elle a fait en ayant perdu la foi. Et on ne peut pas comprendre sa vie sans le Christ. La polémique déclenchée par l'article de Time est donc stérile, d'autant plus que le postulateur de la cause de canonisation avait déjà mentionné cette très longue nuit spirituelle et que l'on savait cela depuis 2002 par l'ouvrage d'un journaliste de Famiglia Cristiana.
Une telle nuit intérieure, avec absence totale de sensation de la présence de Dieu, n'a rien d'étonnant. Tous les grands saints en ont connu, à l'instar de saint Jean de la Croix, de sainte Thérèse d'Avila ou de sainte Thérèse de Lisieux... Un jésuite du XVII siècle considérait qu'il y a deux types d'aridité spirituelle, selon qu'elle touche des contemplatifs ou des personnes ayant unegrande activité pastorale. Dans le premier cas, les difficultés venant de l'intérieur, la nuit spirituelle permet une purification des sens. Dans le second cas, les difficultés viennent de divers obstacles matériels et de l'opposition des autres: rappelez-vous toutes les difficultés de l'Apôtre Paul au cours de ses missions évangélisatrices! Ou celles de saint Paul de la Croix (fondateur des passionistes) qui disait qu'il savait que ce qu'il prêchait était vrai en voyant la paix sur les visages autour de lui... Ces diverses purifications sont permises par Dieu pour obliger à Le suivre dans un amour total et dans un acte de foi qui, comme l'a défini le concile Vatican II, est « un acte de l'intelligence et un abandon de la volonté». Mère Teresa voulait d'ailleurs que ses soeurs vivent dans un esprit de «total surrender » (abandon total), de « loving trust» (confiance amoureuse) et de «cheerfulness» (allégresse).
Et puis, n'est-ce pas le propre de la foi que de croire sans voir, sans ressentir?... Mère Teresa qui était à la fois contemplative et active a été éprouvée de la sorte, en ne ressentant rien dans sa prière, pendant cinquante ans. Mais, comme l'écrivait le cardinal Henry Newman dans Apologia pro vita sua: «Mille difficultés ne font pas un doute!»