L'école catholique doit elle revoir sa copie ?
Entretiens avec Mgr Cattenoz (France Catholique n°3046 10 novembre 2006)
Après plusieurs mois de concertation, l’archevêque d'Avignon a fait parvenir, l'été dernier, aux responsables de l'enseignement catholique de son diocèse, un projet de charte triennale pour l'école. La publication du texte définitif de cette charte est annoncée pour janvier prochain. Mais ce qui a été lu ou dit des premières rédactions a déjà fait débat dans des associations de parents d'élèves, ou dans les médias catholiques, que ce soit pour s'en réjouir ou s'en scandaliser. D'autant plus que les évêques de France réunis à Lourdes du 4 au 11 novembre ont eu à examiner les conclusions d'un groupe de travail présidé par l'évêque de Versailles, Mgr Aumonier, sur "la mission de l'enseignement catholique dans l'Église et dans la société".
C'est à la veille de cette réunion que Mgr Cattenoz nous a accordé une entrevue pour préciser son point de vue.
Monseigneur, en annonçant une charte de l'enseignement catholique pour votre diocèse, vous avez provoqué la surprise. Vous en êtes forcément conscient ?
Je ne cherche pas la polémique. Beaucoup de personnes ont en effet réagi, ce qui a conduit à des conversations passionnantes, que je n'avais jamais réussi à avoir depuis quatre ans. À partir de là, j'ai d'ailleurs compris qu'il fallait réécrire la première partie de la Charte et présenter les motifs de l'orientation que je veux donner à l'enseignement catholique dans mon diocèse. Cette Charte finalisée ne sortira des presses qu'en janvier prochain.
Quelles sont vos intentions en promulguant une telle Charte diocésaine ?
En cette perspective de début de millénaire, je vous avoue que je songeais depuis longtemps à un débat de fond sur le caractère propre de l'enseignement catholique... en posant tout simplement cette question : quelle est la raison d'être de cet enseignement ?
Un document de la Congrégation pour l'enseignement catholique, signé en 1977 par Mgr Garrone, archevêque de Toulouse, affirme que "l'Église catholique, fidèle à son projet éducatif, est amenée à une autocritique permanente et à un retour régulier aux principes et aux motifs de son inspiration". Le but que je me propose est justement cette autocritique permanente pour un retour à la source de ce qu'est l'école catholique tout en opérant un examen des diverses définitions données à l'école.
Dans votre projet de charte, vous regrettez que la "spécificité des établissements catholiques" soit "de plus en plus ambiguë et mal définie". Que voulez-vous dire ?
Il est clair qu'aujourd'hui le "caractère propre" est flou pour les politiques, voire les juristes, mais déjà pour les enseignants eux-mêmes ! Souvent, c'est autour de "valeurs" que l'ensemble des partenaires se retrouvent. Les associations de parents d'élèves se gardent bien de se dire parents d'élèves de l'enseignement catholique, mais préfèrent "parents d'élèves de l'enseignement privé qui doit respecter toutes les orientations"... Or, à force de respecter toutes les orientations, on a dénaturé la foi en Jésus-Christ qui est le coeur même de la vie de l'Église et des écoles catholiques.
Vous parlez, à propos de ces orientations, « d’un humanitarisme bon teint qui relève plus de la philosophie des Lumières que d'une authentique vie à la suite du Christ ». Le constat est sévère.
Mon rôle d'évêque m'a donc amené à constater que l'enseignement catholique défend des "valeurs" et non plus la Personne de Jésus Christ. Et qu'à force de défendre des valeurs humanitaristes, on est en train de s'éloigner de la foi catholique. Or, en étant un peu provocateur pour le coup, je dénie aux philosophes le droit de me dire qui est l'homme. Les philosophes ne peuvent travailler que sur un homme défiguré, abîmé par le péché alors que, lorsque je regarde le Christ ou la Vierge Marie à un autre niveau de créature, je découvre enfin l'homme tel qu'il avait été voulu par Dieu à l'aube de la création. Mais si les "valeurs" occultent la rencontre et la vie avec le Christ, je ne suis plus d'accord.
Voulez-vous dire que des valeurs bonnes en soi mais finalement très horizontales se sont substituées au message de l'Évangile ?
C'est en tout cas ce que je constate souvent. Je le répète, la notion de "valeurs" est devenue comme le credo absolu de beaucoup d'établissements. On me dit : "Monseigneur, ici nous défendons la fraternité, ou la solidarité, ou l'humanisme, etc." Tout cela est très beau, je ne le remets pas en cause. Mais parle-t-on d'abord de la Personne même de Jésus qui est pour nous le coeur de la foi chrétienne ? Les "valeurs" sont devenues premières et non plus le Christ qui en est la Source.
Il y a un établissement où je souhaitais voir un tabernacle dans la chapelle. On m'a répondu : "ça ne nous intéresse pas". La déchristianisation de notre jeunesse, la crise de nos banlieues et d'autres aspects de la dégradation de notre société française nous demandent d'avoir l'audace d'une autocritique. On a parlé du "mammouth" de l'enseignement public qu'il fallait "dégraisser"... sans que rien de concret ne puisse vraiment être fait, semble-t-il. Et chez nous ? Serions-nous frappés du même immobilisme, et pour les mêmes raisons corporatistes, à cause du même désintérêt des parents ? Je ne le crois pas. Mises à part cinq ou six lettres violemment contre ma proposition de Charte, la plupart des lettres qui continuent à m'arriver me disent combien beaucoup de gens sont heureux de voir le chantier de l'école catholique relancé aujourd'hui par les évêques.
L'école a pour rôle de transmission des connaissances. N'est-ce pas trop lui demander que de lui attribuer comme priorité l'évangélisation ?
Je pense qu'il n'est pas imaginable qu'un chrétien qui possède le trésor de l'Évangile le garde pour lui. A l'heure actuelle, on annonce à toute vitesse des informations parfois futiles, on fait des leçons de "morale" insignifiantes à propos de tout, mais on dirait qu'il ne faut surtout pas parler de Jésus-Christ qui est venu nous sauver. Je souhaite que les baptisés redécouvrent ce dynamisme missionnaire inhérent à la grâce baptismale. Et je ne peux pas imaginer que la lumière du Christ ne soit pas là pour éclairer le rôle et la mission de l'enseignement catholique.
La parution prochaine de votre Charte a donc suscité l'intérêt de parents. En revanche, certains professionnels de l'enseignement y voient un réquisitoire contre leur travail. Que leur répondez-vous ?
Je ne dresse certainement pas un réquisitoire contre les enseignants qui ont mon immense respect et ma reconnaissance pour le travail accompli dans des conditions souvent de plus en plus difficiles. Mais j'ai mon travail d'évêque à mener aussi, chacun peut le comprendre...
Votre question m'amène à reprendre la genèse de cette Charte dont l'interrogation initiale est la suivante : peut-on donner aujourd'hui une définition du caractère propre de l'enseignement catholique ? Une équipe de professionnels de l'enseignement catholique du sud-est de la France a essayé durant plus de trois années de répondre à cette question capitale. Ce n'est pas quelque chose qu'on peut balayer d'un revers de polémique. Leurs réflexions ont donné naissance à un premier projet de Charte, que j'ai signé, et que je présente comme "feuille de route" ad experimentum pour trois ans au nouveau directeur de l'enseignement diocésain d'Avignon. Je n'agis pas sans prudence, mais avec respect des personnes et des fonctions de chacun ! J'ai reçu un grand nombre de réactions de chefs d'établissement de mon diocèse, me disant être au fond d'accord avec le contenu de ce projet de Charte, même si telle ou telle formule mérite à leurs yeux d'être revue, ce que j'admets parfaitement. C'est pourquoi, d'ailleurs, je travaille à la réécriture de l'ensemble de ce texte accompagné d'un éclairage vraiment biblique sur le sens de l'enseignement catholique.
Quel est cet éclairage biblique ?
Ce sont les certitudes que saint Paul exprime à plusieurs reprises dans ses épîtres : "Je ne veux rien savoir, parmi vous, sinon Jésus Christ et Jésus Christ crucifié" (Cor, 2-2) et"Malheur à moi si je n'évangélise pas" (Cor, 9-16)
Vous émettez également le souhait que la communauté éducative soit une "cellule d'évangélisation". Qu'entendez par cette expression ?
Il me semble qu'à partir du moment où une Charte définit les orientations de fond de l'enseignement catholique, toute l'équipe éducative doit adhérer à ce projet, tout en respectant bien sûr le cheminement personnel de chacun. L’évangélisation repose sur deux piliers que nous retrouvons au début des Actes des Apôtres lorsque le jour de la Pentecôte saint Luc nous dit que, dans le Cénacle, "ils" étaient réunis. Un "ils" qui indique qu'il s'agit en fait de tous les disciples de Jésus présents à cet endroit et à ce moment.
Annoncer ces merveilles aux jeunes, réunifier une équipe pédagogique autour de tout ce qu'il y a de beau, de merveilleux dans l'Évangile d'abord, dans le monde ensuite, permet d'élaborer un enseignement qui, même humainement, est acceptable par tous.
Les enseignants doivent-ils être des témoins ?
Oui, car vous savez que ce même jour de la Pentecôte, Pierre prend la parole et témoigne que Jésus est vivant dans leur vie : "De tout cela nous sommes les témoins", dit-il à la foule. Le témoignage est le deuxième élément de l'évangélisation : "Jésus change notre vie, j'en suis témoin. Savez-vous qu'il pourrait changer la vôtre aussi ?" Si nous revivons dans nos établissements ces deux éléments de base, proclamer les merveilles de Dieu et témoigner que Jésus est vivant et Sauveur, c'est-à-dire la louange et le kérygme, je pense que nous donnerions un nouveau dynamisme missionnaire à nos établissements.
Lorsque l'on sait que seuls 25% d'enseignants affirment avoir choisi l'enseignement catholique par conviction religieuse, votre objectif est-il viable ?
Oui, car tout pédagogue sait bien que si vous dites à un enfant que ce qu'il fait est bien, cet enfant sera heureux de progresser. Je repars de la personne du Christ en souhaitant que les 25% d'enseignants chrétiens le rencontrent toujours plus. À eux d'oser demander au Christ que ce soit à sa lumière qu'ils accomplissent leur mission et que le Christ puisse devenir peu à peu la lumière de tous les enseignants.
Un enseignant qui, par exemple, a la joie de faire découvrir la beauté d'un texte de littérature et la beauté de l'inspiration de son auteur, permet de rejoindre Dieu qui est la source de toute beauté. Dieu est présent dans cette inspiration. Or, pour beaucoup de chrétiens, Jésus est au Ciel. Point. Il faut redire que le Christ est présent au milieu de nous et qu'il nous montre le chemin, lui le vrai Pédagogue. Je voudrais permettre aux enfants qui sont dans nos établissements de faire l'expérience d'une rencontre avec le Christ et ses disciples.
Au fond, la lettre de mission de l'enseignement catholique se trouve dans l'Évangile.
Absolument.
Des élèves d'autres confessions fréquentent les écoles catholiques, notamment juifs et musulmans. Faut-il leur parler du Christ ?
En Afrique, j'ai vécu au milieu de peuples entièrement musulmans. Nous avons pu partager notre foi. À partir du moment où des parents musulmans inscrivent leurs enfants dans nos écoles parce qu'il y a une dimension qui dépasse tout simplement l'enseignement, il faut que nous soyons nous-mêmes.
Une question que je me pose, en passant, est de savoir si les collèges musulmans sauront accueillir des petits catholiques en respectant leur foi. Nos écoles sont tout à fait prêtes à respecter la foi de nos frères musulmans. Mais à partir du moment où des parents musulmans nous demandent d'accueillir leur enfant, je pense qu'il doit être clair que nous avons le devoir de leur annoncer qui est le Christ et de les accueillir au nom de notre identité chrétienne.
Comment voyez-vous l'avenir de l'enseignement catholique ?
Je souhaite que tous les chrétiens redécouvrent la grandeur de l'Évangile. Tant que notre Église, en l'occurrence celle de France, aura cette difficulté à goûter et à annoncer la parole de Dieu, la tolérance ne sera qu'un syncrétisme où tout est mis au même niveau, notamment à l'école.
Plus j'entends Jésus me poser la question : "Pour vous, qui suis-je ?", plus je l'entends me poser en fait trois questions : "Pour toi, qui est Dieu ? Pour toi, qui est l'homme ? Pour toi, quelle est la vocation de l'homme ?" Ma mission d'évêque est de rappeler que le Christ est la lumière de toutes les institutions. Si cette lumière d'en haut inspire la mission de l'enseignement catholique, alors l'école jouera son rôle dans l'édification d'une civilisation de l'amour au service de la famille.
Annexes :
Conception chrétienne de la réalité
Ce qui définit l'école catholique, c'est sa référence à la conception chrétienne de la réalité. C'est Jésus-Christ qui est le centre de cette conception. C'est le Christ qui est aussi, par conséquent, le fondement du projet éducatif de l'école Catholique : Il révèle le sens nouveau de l'existence et transforme cette existence en rendant l'homme capable de vivre d'une manière divine, c'est-à-dire de penser, vouloir et agir selon l'Evangile, faisant des béatitudes la loi de sa vie. C'est proprement dans cette référence explicite à la vision chrétienne partagée - bien qu'à des degrés divers - par tous les membres de la communauté scolaire que l'école est catholique, car ainsi les principes évangéliques inspirent son projet aussi bien comme motivations que comme finalités.
Cardinal Gabriel-Marie Garrone, document "L'École Catholique" de la Congrégation pour l'Enseignement catholique, 19 mars 1977, §§ 33-34.
Faire connaître le mystère du Christ
L'école catholique apprend aux jeunes à entrer en dialogue avec Dieu dans les diverses situations de leur vie personnelle. Elle les incite à vaincre l'individualisme et à découvrir à la lumière de la foi la vocation spécifique qu'ils sont appelés à vivre en toute conscience et responsabilité en union avec les autres. Elle les aide à trouver, en tant que chrétiens, dans la trame même de l'existence humaine une invitation à s'engager au service de Dieu en faveur de leurs frères et à transformer le monde en une demeure digne des hommes [...]
L'école catholique leur enseigne à interpréter le langage de l'univers qui révèle le Créateur et, à travers les progrès de la science, à mieux connaître Dieu et l'homme. Dans la vie journalière de l'école, l'élève apprend que son activité dans le monde est destinée à devenir expression de l'amour de Dieu à l'égard de tous les hommes parce qu'elle fait partie de l'histoire du salut qui reçoit son sens ultime du Christ, Sauveur de tous les hommes. Consciente qu'il ne suffit pas d'avoir reçu le baptême pour être chrétien, mais qu'il faut vivre et agir en conformité avec l'Evangile, l'école catholique se propose de créer en son sein une atmosphère dans laquelle l'élève se sente invité à une foi toujours plus vivante et plus mûre pour parvenir graduellement à des dispositions grâce auxquelles il pourra assumer les responsabilités de son baptême H Le coeur de l'action éducative de l'école catholique, c'est le Christ, qui est le modèle sur lequel le chrétien doit configurer sa vie. C'est en cela que l'école catholique se distingue de tout autre école qui se limite à former l'homme ; elle se propose de former le chrétien et de faire connaître aux non-baptisés, à travers son enseignement et son témoignage, le mystère du Christ.
Cardinal Gabriel-Marie Garrone, "L'École Catholique", document de la Congrégation pour l'Enseignement catholique, 19 mars 1977, §§ 45-46.
Jean François Jouy a choisi le métier de chef d'établissement essentiellement pour la mission éducative et pastorale. Père de 5 enfants, il dirige, à Joigny, dans l'Yonne, l'institution Saint-Jacques composée de deux écoles maternelle et primaire, d'un collège et d'un lycée professionnel, soit 860 élèves. Dans un contexte démographique difficile, huit classes sur cinq ans ont été ouvertes.
Travailler ensemble
L'annonce de Jésus-Christ par un établissement scolaire, comme pour une personne, passe par la prière (cachée), par les actes (le plus souvent implicites) et par les paroles (explicites) dès que l'occasion est là. Je sème et j'encourage mon équipe à participer aux semailles. Tel un tuteur, j'essaie aussi d'accompagner ce qui germe pour le rendre plus fort. Je vois parfois quelques fruits mais jamais autant que je le voudrais ! Dans ce domaine, plus encore que dans tout autre, la décision du jour ou de l'heure ne nous appartient pas. Notre impatience n'est pas la patience de Dieu... Ni la semence, ni le terrain, ni ce qui peut l'encombrer ne m'appartiennent (Mt 13, 1-9). Avec courage, respect et humilité annonçons !
Il ne nous est pas toujours possible de recruter des enseignants prêts à s'engager dans une démarche d'évangélisation. Dans mon travail et l'accompagnement de son équipe, j'ai aussi beaucoup à former pour conduire. Mais celui qui veut construire trouve toujours, quel que soit le terrain, des points d'appui solides pour bâtir.
Les attentes des familles, sur bien des points, notamment celui de la pastorale, sont très hétérogènes et parfois excessives. On ne peut pas tout demander à l'école. Elle a une obligation de moyens, pas de résultats. Cela se vérifie aussi en famille : une même éducation ne donne pas, selon les enfants, les mêmes fruits. Même dans une société aux influences négatives, le résultat peut être bon, voire excellent - sur le plan scolaire, humain et chrétien - chaque fois que la triple relation jeune-familleéquipe éducative est établie de façon étroite et confiante. Là encore il nous faut travailler ensemble.
Un lieu ecclésial
La complexité du monde contemporain nous convainc de la nécessité de redonner consistance à la conscience de l'identité de l'École catholique. [...1 Elle partage la mission évangélisatrice de l'Église et est un lieu privilégié où se réalise l'éducation chrétienne. Les écoles catholiques sont à la fois lieux d'évangélisation, d'éducation intégrale, d'inculturation et d'apprentissage du dialogue de vie entre jeunes de religions et de milieux sociaux différents. Le caractère ecclésial de l'école est donc inscrit au coeur même de son identité d'institution scolaire. Elle est vraiment un lieu ecclésial. Cette dimension ne constitue pas une caractéristique surajoutée, mais est une qualité propre et spécifique qui pénètre et façonne chaque instant de son action éducative.
Cardinal Pio Laghi, L'école catholique au seuil du troisième millénaire, lettre circulaire de la Congrégation pour l'enseignement catholique, du 28 décembre 1998, §§ 11 et 12
Marie-Hélène Bredeaux est mariée et mère de deux enfants. Directrice depuis 2002 de l'École Notre-Dame à Orbec, dans le diocèse de Bayeux-Liseux, son établissement compte 730 élèves de la maternelle à la troisième. Il s'agit à la fois, d'une petite structure et d'un assez gros établissement pour la zone rurale dans laquelle il est implanté.
Formation chrétienne, formation humaine
L’établissement que je dirige est sous la tutelle de la Congrégation Notre-Dame, fondée en 1597 par Pierre Fourier et Alix Le Clerc. Tous deux souhaitaient lutter contre les injustices de la société en annonçant l'Évangile. Nous continuons en menant de front éducation chrétienne et formation humaine. Que penser des propos de Mgr Cattenoz qui affirme que la spécificité de l'école catholique est aujourd'hui mal définie ? Nous vivons dans un monde où la déchristianisation a gagné du terrain. Nous ne le vivons pas très bien dans certaines de nos paroisses, alors, je ne vois pas pourquoi l'école catholique échapperait au malaise. Nous sommes de plus en plus sollicités par des familles qui nous semblent bien loin de notre préoccupation d'éducation chrétienne. Mais tout parent qui fait le choix d'un établissement catholique pour son enfant est respectable. A nous d'entamer le dialogue sur autre chose que ce que font nos collègues du public, mais il faut insister sur cette notion d'échange et de respect. Il y a quatre cents ans déjà, Pierre Fourier, en pleine période de la contre-Réforme recommandait aux religieuses de la congrégation d'accueillir avec respect et bienveillance les jeunes élèves protestantes. Aujourd'hui, nous accueillons toujours des élèves de confessions différentes, et surtout des élèves qui ne croient et qui pensent ne croire en rien, mais ce serait tomber dans un cruel défaitisme de penser que nous n'avons pas un rôle à jouer aussi pour eux.
Il serait présomptueux d'affirmer que nous aidons nos élèves à entrer en dialogue avec Dieu dans les diverses situations de leur vie personnelle. Néanmoins, depuis que j'ai accepté ma mission de chef d'établissement dans l'enseignement catholique, ma responsabilité pastorale a donné le cap à tous les projets que nous avons mis en oeuvre avec les élèves, dans un souci constant de "Faire Grandir" chacun d'entre eux, aussi bien sur le plan éducatif que spirituel. Nos "couleurs" sont donc clairement affichées ! De là à estimer que ce qui est fait est suffisant ! S'il y a un domaine où l'évaluation est difficile à réaliser, c'est bien celui-là. Au collège, nombre de nos adolescents sont dans une période de doute et de fragilité malgré leurs dehors parfois rebelles... Il faut parfois attendre plusieurs années pour apprendre que tel ou tel jeune a finalement intégré la proposition de la Foi que nous lui avions faite quelques années auparavant...