Communiqué du Conseil Pastoral de Thionville
« Ne transigeons pas avec le droit de l’étranger »
Les membres du conseil Pastoral de Thionville réunis le 11 septembre 2006 ont décidé d’informer les chrétiens de leur agglomération sur la situation faite aux demandeurs d’asile, en particulier aux femmes et aux hommes qui vivent avec leurs enfants, depuis un certain temps, sur le secteur des Trois Frontières. Certains ont été déboutés de leur droit d’asile et ont reçu une invitation à quitter la France (IQF). Huit familles sont concernées pour la seule ville de Thionville, ce qui représente l’expulsion de 14 enfants vers un pays d’origine.
« Vivre ensemble » une réalité intangible dans la vie de tout collectif humain.
Ces enfants fréquentent nos écoles, ont tissé des liens d’amitié avec nos enfants, participent à la vie associative, jouent dans nos quartiers…Nous désirons que ces familles continuent de vivre ici.
Chaque année lors de la « journée mondiale des migrants et des réfugiés » les évêques nous interpellent :
- Jean-Louis BRUNIN, évêque d’Ajaccio et Président du Comité Episcopal des migrations et des gens du voyage déclarait : « On ne peut accepter qu’une société relègue aux marges de l’humanité des populations entières ; l’étranger même en situation irrégulière requiert notre hospitalité ».
- André VINGT TROIS, archevêque de Paris dans une entrevue dans le Parisien, demandait de ne pas traiter les migrants comme des bêtes.
- Quant à Monseigneur Olivier DE BERANGER, évêque de Saint Denis, il évoquait il y a quelques mois le début d’un désespoir pour les sans papiers.
Il y a quelque temps, les évêques de France ont dit leurs inquiétudes face aux nouvelles propositions du CESEDA (Code d’Entrée et du Séjour des Etrangers et du Droit d’Asile) pour tenter d’en assouplir les injustes rigueurs.
Dans une initiative œcuménique, quatre vingt associations signataires d’un document intitulé « Ne transigeons pas avec le droit de l’étranger » ont affirmé : « Il est de notre devoir de chrétien de rappeler que la personne humaine doit toujours être la priorité et que la loi doit toujours viser à protéger le faible ».
« Ce que vous aurez fait au plus petit de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ». (Mat 25/40)
Quand l’homme et la femme sont en danger dans la société, les Eglises ne peuvent rester silencieuses et désunies ; lorsque les droits de l’étranger parmi nous sont en danger, les Eglises ne peuvent transiger car il en va d’un élément constitutif de notre foi, de celle qui va au-delà de toute division historique : placer la personne humaine, en tant qu’image de Dieu au centre de toute la création. C’estpour cet unique et estimable objectif que doit s’élaborer toute activité sociale, économique, industrielle et politique.
Au nom de l’évangile du Christ et de la longue tradition française de respect des droits de la personne et de la famille, l’église ne peut se taire lorsque la dignité d’êtres humains risque d’être bafouée par des réglementations qui perdent de vue le sens de la personne. Il y a des paroles fortes et incontournables qui doivent être dites au nom de la foi en ce Dieu Père de tous les hommes. Elles nous invitent à une résistance active et citoyenne.
Quel monde voulons-nous bâtir ensemble ?
Comment réagissons-nous quand l’étranger frappe à notre porte ? Dans une société plurielle, mondialisée, dans un monde de la mobilité, des repères sont mis à mal, les certitudes sont ébranlées…et nos personnes fragilisées. Des faits violents sont à nos portes : chômage, précarité… Nous parlons volontiers de la montée de l’individualisme, du racisme…à travers tout cela un à priori de méfiance vis-à-vis de l’autre, de l’étranger en particulier s’insinue dans notre société, prenant le dessus sur la confiance en l’autre. Et le discours politique ne favorise généralement pas
un regard bienveillant sur l’étranger souvent soupçonné de bien des maux.
Nous avons à reconnaître ces peurs et à les exprimer : elles sont ancrées dans notre histoire personnelle et collective. Au final c’est à la lumière de notre foi que seront exposées nos peurs, car rien de notre personne ne peut s’en dérober. Si nous accordons notre confiance en Celui qui est la source de toute vie alors nos capacités d’accueil seront plus grandes que nos peurs. Ces dernières seront soumises au regard de cet homme Jésus qui s’est fait le frère de tous.
Dans sa rencontre avec une étrangère, Jésus met à mal la loi de l’exclusion…..Et nous ?
Dans l’évangile de Jean, au chapitre 4, lorsque Jésus s’adresse à la Samaritaine, une étrangère, pour lui demander à boire, il brise toutes les barrières et sa parole ébranle la loi de l’exclusion.
C’est une altérité bien vécue en reconnaissant l’autre comme chemin d’humanité. Aujourd’hui ce même chemin nous est ouvert afin de nous permettre un « mieux vivre ensemble » dans nos quartiers, villes et villages. A nous la liberté de l’emprunter !
Pourtant des frères et sœurs venus de loin et citoyens du monde comme chacun d’entre nous, sont à la porte de notre ville, menacés d’expulsion, c’est à dire de reconduite à la frontière. Aucun d’entre eux n’a quitté avec ses enfants, sa patrie, sa famille, ses racines, sa terre natale de bon gré … Il y a toujours une situation de détresse à l’origine. Et quand il s’agit du respect de la dignité humaine nous ne pouvons plus la signifier en termes de chiffres, de flux ou de statistiques. Il y a un appel essentiellement humain à reconnaître en l’autre une personne unique que l’on peut nommer : Sédija, Avdo, Dina, Ali, André, Josué, Ripsik…
Notre Dieu lui-même nous a donné son nom et son nom c’est l’AUTRE.
Concrètement que pouvons-nous faire ensemble ?
- En parler autour de nous et diffuser cet appel.
- Essayer de connaître et rencontrer ces familles pour vivre ensemble des partages fraternels, dans ce cas faites vous connaître à un des membres du Conseil Pastoral ou des prêtres.
- Etre attentifs à ces enfants qui partagent peut-être la vie de vos enfants ou petits-enfants dans les écoles maternelles : Centre et la Milliaire ; écoles primaires : Poincaré, la Milliaire ; collèges : la Milliaire et Hélène Boucher.
- Rejoindre le collectif composé de différents acteurs sociaux et parents d’élèves, enseignants …qui s’organisent pour le respect du droit à la dignité humaine.
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Une semaine de la Bible est organisée par l’Alliance Biblique Française et la CIMADE qui aura lieu du 26 novembre au 3 décembre. Elle aura pour thème « Vous aimerez l’étranger qui vit parmi vous » (Deutéronome 10,19). Vous pouvez consulter les sites :
www.la.bible.net et
www.assezdhumiliation.org - La Semaine Missionnaire Mondiale du 15 au 22 octobre 2006 aura pour thème :
« En Christ, tous serviteurs de l’Evangile pour le monde ».
- Nous vous invitons à participer à une soirée d’information et d’échanges qui se tiendra :
À THIONVILLE, MARDI 12 DECEMBRE À 20 H 00 SALLE JEAN XXIII SOUS L’EGLISE SAINTE ANNE (près de l’hôpital de Bel Air) |
En conclusion, au delà des différences et des options politiques, reprenons cette phrase de Monseigneur PONTIER : « Il y a certaines pages de l’Evangile qui ne peuvent pas être arrachées ».
Jésus est venu nous rappeler que tout homme quelles que soient sa race, sa couleur de peau, sa culture, est un frère. Le migrant, avant d’être une « statistique » un « dossier » ou un « cas », est une personne, un frère. Et nous avons, en tant que chrétiens, à nous faire non seulement les avocats infatigables de ces personnes, mais aussi à être convaincus de leur valeur inestimable et de la gratuité de la rencontre et de l’accueil : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli ».
(Matthieu 25, 35)