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Revue II est vivant ! Juin 2009
PROPOS RECUEILLIS PAR LAURENCE MEURVILLE
Au cœur des priorités de la coopération internationale depuis la conférence de Pékin, en 1995, le gender, concept créé dans les années 1970 par un certain courant féministe, a une influence grandissante sur nos sociétés et nos modes de vie. Marguerite Peeters en a étudié les tenants et aboutissants. Marguerite A. Peeters dirige à Bruxelles l'Institute for Intercultural Dialogue Dynamics, dont l'objet est l'étude des concepts clefs, valeurs et mécanismes opérationnels de la mondialisation.
Le mot est en vogue depuis une quinzaine d'années dans les grandes rencontres internationales. Comment définir ce concept ?
Le terme gender a été inventé dans les années 1970 par un certain courant féministe qui voulait distinguer les différences physiques entre l'homme et la femme, inscrites dans la biologie et donc inchangeables ("sexe") des différences qui seraient «socialement construites », et donc relatives et changeables (gender). Le gender rend possible d'avoir une identité sexuelle différente du comportement et du rôle que l'individu joue dans la société: il divorce le corps de la "fonction sociale" d'un individu. Le mot n'est pas clairement défini car il recouvre davantage un processus de changement (de ses choix d'orientation sexuelle, par exemple) qu'une réalité stable et identifiable. Il est de plus mal traduit en français: égalité des genres, égalité des sexes, sexospécificité, parité, etc.
Quelle conception de l'homme promeut-il?
Le gender considère la vocation de la femme en tant que mère et épouse comme une construction sociale contraire à l'égalité, comme un stéréotype à déconstruire car jugé négatif, discriminatoire et restrictif, faisant de la femme une victime et empêchant son autonomisation et la réalisation de ses "droits". La maternité est dès lors considérée comme une injustice sociale empêchant la femme de devenir l'égale de l'homme en termes de fonction sociale. Les prédispositions du corps de la femme à la maternité deviennent un ennemi à combattre. Le gender combat également la complémentarité anthropologique homme-femme et veut faire de tous des citoyens radicalement égaux, des "partenaires" liés entre eux par un "contrat". Les relations entre l'homme et la femme deviennent dialectiques, régies par une lutte pour le pouvoir social. Le but du gender est de "libérer" l'individu de tout cadre normatif donné par la nature, la société, la tradition et Dieu lui-même, et de permettre à chacun de choisir librement sa fonction sociale, son identité, son orientation sexuelle, sa forme de famille.
Quelles réponses le gender proposent-ils à nos contemporains?
Produit de la révolution féministe, sexuelle et culturelle occidentale, le gender tente de répondre aux désordres réels liés à la faute originelle (en particulier la domination masculine) non par l'amour et la réconciliation, mais par une révolte et volonté de prise de pouvoir de la femme (empowerment) qui cherche à devenir l'égale de l'homme en termes de pouvoir social. Le "consensus" de la conférence de Pékin de 1995 a mis le gender au cœur des priorités de la coopération internationale.
A ce propos, quel impact a cette culture du gender sur le plan mondial?
Devenu une "norme mondiale" à travers l'ONU, le gender s'est déjà intégré dans toutes les politiques internationales, nationales et locales, les instruments juridiques, les manuels scolaires, les codes éthiques des entreprises, les programmes des ONG, etc. Il est un thème dominant de la culture dans laquelle nous vivons, culture dans laquelle parler de complémentarité homme-femme est devenu discriminatoire et contraire à l'éthique. Le gender combat la complémentarité anthropologique homme-femme.
Une nouvelle éthique mondiale du "libre choix" ainsi compris s'impose aujourd'hui avec force aux cultures traditionnelles non-occidentales.
Quelles en sont les conséquences sur nos sociétés, notre propre vie?
La conséquence la plus grave concerne l'éducation de nos enfants : les manuels scolaires enseignent déjà, par exemple, qu'il existe diverses orientations sexuelles et parfois même qu'il faut expérimenter pour connaître la sienne... Les jeunes sont désorientés. La révolution culturelle a détruit, avec une force inouïe, la cohérence donnée jadis par l'appartenance à une communauté, une tradition, une famille stable, les valeurs et la foi transmises par les familles et la religion. Cette désorientation touche la société en son ensemble : divorce, dépression, insatisfaction, incapacité de s'engager, disparition du concept d'autorité et de gouvernement...
Nous sommes dans une civilisation du virtuel, qui a perdu le sens de la réalité. Cette virtualité s'exprime par l'emphase sur l'accès (et non l'objet auquel on accède), la possibilité (et non la réalité), le choix (et non ce qui est choisi), le processus (et non le contenu), le changement (et non l'identité stable), les aspirations (et non leur concrétisation), la capacité et le potentiel (et non l'engagement). L'individu se construit un sentiment de toute-puissance, un monde de rêve où il aurait en permanence accès à tous les choix, un monde lui permettant de ne jamais s'engager personnellement. La maternité, la famille traditionnelle sont réduites à des mythes dépassés, alors que l'habilitation des femmes serait le rêve à conquérir.
Comment, en tant que chrétiens, faire face à ces conséquences? Quelle contre-culture lui opposer?
Il ne s'agit pas, pour les chrétiens, d'opposer une contre-culture à la nouvelle culture mondiale, mais tout simplement de rester, ou de redevenir, eux-mêmes. C'est le plus grand service que nous puissions rendre à l'humanité. Être fidèle à l'Evangile nous assure une indépendance par rapport aux "valeurs" que la société cherche à nous imposer. Seule cette liberté nous permet d'aider nos frères, car Jésus est le chemin, la vérité et la vie. Mais l'ignorance des enjeux de la nouvelle éthique peut nous amener à faire des compromis, voire à nous laisser séduire. Il est donc également important de s'informer.
POUR ALLER PLUS LOIN
Marguerite A. Peeters est l'auteur de
« « La mondialisation de la révolution culturelle occidentale » et de
« La nouvelle éthique mondiale: défis pour l'Église. »
Pour se procurer ces ouvrages: iis@skynet.be