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Rencontre avec une communauté chrétienne catholique de Moselle, à Thionville (rive gauche). Trouver les infos qu'il vous faut: prière, réflexion, méditation, baptême, première communion,confirmation, sacrement de l'ordre, mariage, funérailles, .......

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Qu'est-ce qu'un embryon humain?

Extrait du document épiscopat N°6/2008


Les différents débats ou prises de position sur l'em­bryon humain ne peuvent, en perspective chré­tienne, être limités aux seules approches scienti­fiques, philosophiques ou juridiques. La théologie a d'autant plus son mot à dire lorsqu'il s'agit de questions touchant les origines de la vie et de l'être humain. Celui-ci ne peut, en effet, être dissocié ni du dessein global de Dieu conduisant l'Univers vers son terme ni de l'amour du couple homme et femme, expression de l'amour créateur de Dieu et permettant l'engendrement, la naissance et l'éducation de l'enfant. Si la création ne peut être perçue comme un simple moment du passé mais comme un acte constant de Dieu, alors chaque processus conduisant au surgissement de l'être humain acquiert une dimension et une valeur infinies.

Dans le cadre de la dernière session organisée pour les évêques par la Commission doctrinale, sur « Les débuts de la vie humaine », l'intervention théologique très sub­stantielle du père ALAIN MATTHEEWS - que nous propo­sons ici - fut d'autant plus importante que la dimension pluridisciplinaire, inévitable en pareil cas, lui permit de s'articuler à plusieurs contributions d'experts, et cela au bénéfice du discernement pastoral. Si un mot clé devait être retenu, ce serait bien celui de « don », qualifiant plusieurs niveaux l'embryon et singularisant la parole chrétienne dans l'ensemble du champ éthique de notre société.


L'origine de l'être humain n'est pas un secret « honteux » et totalement énigmatique. Il est au cœur d'une lumière qui n'est pas « pure transparence », mais qui l'éclaire sur sa nature profonde, qui le transcende, le dépasse et lui donne une dignité incomparable. Nous n'avons pas eu de prise sur notre propre origine, mais nous sommes responsables en humanité de la manière dont d'autres êtres humains vien­nent au jour. À l'origine, la bonté de Dieu s'exprime de manière indépassable. Cette réalité de gratuité, de bonté, de don est peu perceptible dans la culture d'aujourd'hui. Il nous faut la chercher, la traduire, l'inter­préter pour nos contemporains et particu­lièrement pour le peuple chrétien.

S'il est bien vrai que l'Écriture n'a pas les mots d'aujourd'hui pour nommer l'embryon humain et les actes humains qu'on pose à son propos, cette Écriture, dans sa lettre et son esprit, n'est pas muette. Les affirma­tions de l'Écriture sont « gorgées » d'un sens qui traverse le temps et l'espace et ren­dent compte paisiblement et avec assu­rance du dessein bienveillant du Dieu Créateur et Père. La théologie morale n'est pas d'abord l'étude des lois à appliquer, mais le déploiement, à partir de l'Écriture et de la Tradition, d'un sens « tropologique » qui, en unité avec les autres sens spirituels, nous dessine le sens ultime de nos actes au regard de Dieu. Comment prendre soin de celui qui n'a pas encore toutes les apparen­ces de l'humain sinon en unifiant la raison et la foi pour découvrir ce qu'est l'embryon humain et ce qu'il nous dit de lui-même uniquement par son existence ? Conviés, nous le sommes, à regarder notre origine avec les yeux de la foi, pour découvrir par l'usage de la mémoire, de l'intelligence et de la volonté, combien nous sommes au car­refour d'un appel éthique décisif.

Comment parler de « celui qui est conçu » et trouver les mots et le langage adéquat pour rendre compte de la profondeur de son être et de l'amplitude de son mystère ? Comment nommer « autrement » le zygote, le pré-embryon, l'amas cellulaire, le grumeau, la morula, les cellules embryonnaires totipoten­tes ou multipotentes, le foetus, l'embryon ? Ne peut-on pas déjà l'appeler l'embryon humain ? Oser l'expression « enfant embryon­naire » ? Ou bien écouter les femmes encein­tes qui parlent de leur « bébé », ou des per­sonnes qui parlent du « fils », du « frère », du grand méconnu » ou « du plus pauvre parmi les pauvres » (Mère Teresa) ?

Le temps nous est compté. Notre propos n'est pas d'abord apologétique : il vise à nommer », à partir de la Révélation, le mystère » de l'origine et particulièrement celui qui, comme fruit de l'acte créateur, en surgit. Nous ne déploierons que deux types de langages : celui, plus ontologique, de la Création ; ensuite celui, plus théolo­gique, de l'Écriture et de la Tradition pour nommer le mystère de notre origine, de l'origine de tout être humain .


    I. L'EMBRYON HUMAIN
    EST UN « DON DE DIEU »


    C'est dans un univers où la gratuité de l'être est primordiale qu'il nous faut réflé­chir sur ce que nous sommes : « Le monde devient illisible s'il n'est pas perçu comme création ». Le surgissement de l'être à partir du néant se constate, se réfléchit, s'interprète : il ne s'invente pas. Le monde créé est un monde donné à l'homme, confié à lui comme être d'esprit, apte à en recueillir le sens et à l'inscrire dans l'his­toire humaine et dans son histoire person­nelle. L'infiniment grand comme l'infiniment petit appartiennent au Créateur qui maintient son oeuvre dans l'existence. Toute créature participe au don de l'être et vit sous le regard d'une « transcendan­ce » : « Tous les êtres, ceux qui parlent et ceux qui sont muets, te proclament. Tous les êtres, ceux qui pensent et ceux qui n'ont point la pensée, te rendent hom­mage. Le désir universel, l'universel gémis­sement tend vers toi ».

    De plus, penser la création et l'acte créa­teur, ce n'est pas seulement le situer à un moment donné du temps. Car, dans l'élan de l'être donné, il subsiste. L'univers créé, reste également dans les mains du Créateur. « Tout ce qui demeure, demeure par toi ; par toi sub­siste l'universel mouvement. De tous les êtres tu es la fin ; tu es tout être, et tu n'en es aucun » . La création et sa permanence sont marquées par l'abandon de la créature à l'initiative et à l'action du Créateur. La dynamique de la création est cet accueil du don de l'être dans sa totale gratuité et sa sur­abondance. Rien n'échappe à l'action créa­trice de Dieu, quel que soit le nom qu'on lui donne. Si le monde est ainsi dans la main de Dieu, comment penser que le fruit humain de la conception soit « étranger » à son action et à sa connaissance ? L'apparition de l'homme dans l'univers et dans le sein maternel n'é­chappe ni à l'action ni à la providence divine. Cette connaissance divine de l'univers, et donc de tout ce qui s'y passe, fonde un lien immédiat entre tout embryon humain et le Créateur. Cette « connaissance » est inscrip­tion dans une alliance personnelle voulue par Dieu. Les premiers chapitres de la Genèse nous livrent cet enseignement : ils explicitent ce que la raison humaine peut trouver de l'ê­tre des choses. Dieu est créateur. Il met en alliance. Il pose un acte qui est de gratuité, de pur amour, de surabondance.

    Jean Paul II exprimait cette lumière conceptuelle pour les familles en disant : « Comme l'affirme le Concile, l'homme est "la seule créature sur terre que Dieu a vou­lu pour elle-même" (Gaudium et spes, n. 24). La conception et la genèse de l'homme ne répondent pas seulement aux lois de la biologie, elles répondent directement à la volonté créatrice de Dieu, c'est-à-dire à la volonté qui concerne la généalogie des fils et des filles des familles humaines. Dieu "a voulu" l'homme dès le commencement et Dieu le "veut" dans toute conception et dans toute naissance humaine. Dieu "veut"l'homme comme être semblable à lui, comme personne. Cet homme, tout homme, est créé par Dieu "pour lui-même" ». Ainsi, avant d'être reconnu par les autres êtres humains - sa mère, son père, les médecins, - l'être-de-don qu'est l'enfant nouvellement conçu est déjà connu de Dieu. Dieu est le premier à connaître l'existence de l'embryon car c'est Lui qui le crée.

     


    L'EMBRYON HUMAIN
    EST « TOUJOURS » UN « DON »


    Nous avons dit qu'à l'origine de toute per­sonne humaine, il y a un acte créateur : une mise en relation immédiate, aimante, gratuite entre Dieu et l'être humain. La conception de tout nouvel être humain est le terme d'une volonté d'amour de Dieu, quelles que soient les circonstances de cette conception. Pour l'embryon humain, au-delà de ses percep­tions conscientes ou non, et parfois en contradiction avec la volonté de l'homme ou de la femme qui le conçoivent, « être créé » signifie donc être voulu par Dieu, remis à lui-même dans sa singularité originelle et concrète, appelé à répondre au « don » par un « don ». Au fond, le don révèle une carac­téristique particulière de l'existence person­nelle ou, mieux, de l'essence même de l'em­bryon humain. Affirmer que Dieu est la source ultime de notre existence et qu'il en est l'origine la plus profonde, c'est non seule­ment faire preuve de vérité, mais c'est forti­fier l'être humain dans ce qu'il est profondé­ment et dans ce pour quoi il vit. « La vie humaine est sacrée parce que, dès son ori­gine, elle comporte l'action créatrice de Dieu » (Donum vitae, Introduction, n° 5).

    L'être créé dépend du don qu'est Dieu et tient au don de l'être, de la vie et de l'a­mour accordé en chaque instant. L'acte créateur de Dieu fonde et assure la réalité personnelle du nouvel être humain. « Bien sûr, l'embryon est le fruit d'un acte humain, celui d'un homme et d'une femme qui, dans la conception d'un nouvel être, tiennent la place de véritables causes, mais ces "causes secondes" ne peuvent agir que parce que Dieu, "la Cause première", leur donne d'agir, soutient leur acte, et donne l'être à ce qu'ils conçoivent. Dieu ne se soumet ainsi à l'activité des hommes que parce qu'il veut s'y soumettre. // en a décidé ainsi dans son amour. En donnant l'être et la vie au fruit d'une conception humaine, Dieu n'agit donc pas parce qu'il le faut bien [ ... ]. Supposer cela, ce serait méconnaître la liberté souveraine de Celui qui veut toujours librement tout ce qu'il fait. Dieu veut donc toujours l'embryon qu'il crée » .Cet acte créateur revêt les caractéristiques d'un « don » qui dépasse les personnes humaines (parfois dans leurs « mobiles » complexes et ambigus) comme les circonstances de la conception.

    Cette tranquille assurance est dans la logique de la gratuité de la création, de la

    surabondance de la puissance d'aimer, qui se donne sans compter ni attendre de retour.


    III. IL EST UN « DON »
    POUR L'HUMANITÉ


    La création de l'enfant signifie encore la volonté divine de l'offrir comme un don à ses parents et à toute l'humanité pour l'éternité. À chaque conception, ce n'est pas « rien » qui est « offert » au monde. C'est tout un monde dont l'innocence n'est qu'un signe du < don » singulier qu'il est pour tous. Le patri­moine génétique, la croissance programmée, la forme humaine confirment l'enjeu huma­nitaire de son existence : l'embryon humain est confié aux autres hommes. Son visage n'est pas spectaculaire. Il reste longtemps peu perceptible aux yeux humains et sa pudeur résiste aux longues observations scientifiques. Pourtant, la seule présence de l'enfant est un rappel du « don de Dieu ». L'enfant qui apparaît viendrait-il pour pren­dre et non pour donner ? Se donner ? Qu'il n'ait pas encore les capacités ni de rendre l'amour reçu ni d'exercer ses puissances per­sonnelles ni d'en manifester toutes les richesses face à nous, ne peut pas oblitérer le don qu'il recèle puisqu'il l'est. « Le pro­cessus de la conception et du développe­ment dans le sein maternel, de l'accouche­ment, de la naissance, tout cela sert à créer comme un espace approprié pour que la nouvelle créature puisse se manifester comme "don ", car c'est ce qu'elle est dès le début. Cet être fragile et sans défense, dépendant de ses parents pour tout et entiè­rement remis à leurs soins, pourrait-il être désigné autrement ? Le nouveau-né se donne à ses parents par le fait même de venir au jour. Son existence est déjà un don, le premier don du Créateur à la créature »

     

    L'être-là de l'embryon humain n'a encore que ce « statut » : être créé, donné à lui-même et aux autres dans sa pauvreté. Don issu de l'acte créateur, offert à l'amour des hommes, muet, l'enfant nouvellement conçu révèle, par sa simple présence, quelque chose de son mystère : « Je suis créé par Dieu. » Je suis un « don de Dieu » offert à la reconnaissance.

    Chacun est appelé à faire mémoire de ces premiers moments de son existence et à reconnaître le don de la vie sur lequel il n'a aucune prise : reçu gratuitement, personne ne peut s'en définir propriétaire. Je ne puis être sans confirmer le don reçu parce que ce don définit qui « je » suis . À l'origine de mon être, ce que je suis est « inappropriable » : cette altérité que « je suis » est le premier don reçu : il s'identifie avec mon existence. Donné à lui-même, l'être humain est un être en dette de lui-même. Il sera tou­jours, pour ce qu'il est, en « obligeance ».

    Le don qu'est l'être humain appelle une attitude de « don » à sa mesure et un accueil inconditionnel. Disposant de soi, parce que donné à lui-même, l'être de don est ainsi rendu structurellement disponible pour autrui, pour toute l'humanité, et pour Dieu aussi.

    Parce qu'il est « don » en acte, il est en puissance d'agir et de se donner librement « dès les premiers instants de son exis­tence ». Il est « pour autrui ».

     


    IV. IL EST UN « DON » EN SON CORPS


    L'embryon humain, comme chacun d'en­tre nous, découvre ce qu'il est à travers la parabole de son corps. Le corps de l'homme n'est-il pas le « symbole » par excellence, incontournable pour dire ce qu'il est et se trouver ?

    Ce corps reçu est le germe et le gage de toute donation de soi. Il est témoin que la source de notre vie est hors de nous et en même temps en nous, de manière plus intime à nous-mêmes que nous ne le pen­sons. Le corps est la condition concrète de l'existence : l'esprit ne se reçoit pas sans corps. La liberté se livre en donnant son corps. Le corps est le lieu où la liberté consent au don qu'elle est et qu'elle a reçu. L'enjeu et les significations sont donc éthiques. L'enfant conçu a un corps, tout en étant en son corps. Il « fait corps » avec le don qu'il est, avec son « être ». Le corps de l'embryon humain, c'est lui. L'embryon humain n'est pas sans son corps, mais il devient « don » pour autrui en son corps. La personne n'est pas et ne devient pas elle-même sans son corps. Ainsi la vie dans le corps est-elle donatrice du sens spirituel de la personne et de ses actes.

    L'embryon nouvellement conçu a un corps : corps issu d'une rencontre des gamètes issus d'autres corps, corps enra­ciné dans un patrimoine génétique « qui vient de loin », corps « en voyage » dans les trompes ou fixé dans la paroi utérine, corps « confié » à un autre corps dont il reçoit chaleur et nourriture, protection et oxygène. Ce corps quitte petit à petit l'ombre pour venir à la lumière de la connaissance scien­tifique. Il devient « visible » par échogra­phie. Le corps peut être extrait, produit, congelé ou réduit. Il peut être évalué et rejeté comme matériel chromosomique défi­cient ou amélioré, mais le corps ne peut jamais n'être qu'un corps parmi d'autres. Dès la conception, il s'agit chaque fois d'un corps singulier, unique (aux caractéristiques biologiques précises), à protéger comme celui d'une personne. Le mystère du corps « donné » de l'enfant demeure « gardé » en son origine, dès la conception. Il n'est pas qu'un pur « visible ». Il n'appartient pas seulement au « monde de l'avoir » et de l'observable. Il est à jamais parce qu'il a été donné pour toujours. « Notre corps, avec ses chromosomes et ses gènes reçus des parents, est en nous le témoin que la source de notre vie est hors de nous. Or, il ne nous est pas extrinsèque. // appartient à notre être

    propre ».

    Le corps de l'embryon humain est corps livré et confié dès l'origine en signe et rappel permanent de son être-de-don. Le corps de l'embryon, quel que soit le stade de son développement, doit donc être observé, reconnu, entendu, compris à la lumière de sa dignité personnelle et spirituelle. Cette unité fonde la prise de conscience et le respect de l'identité humaine. La vie corporelle est un « don » qui dispose au « don » de l'al­liance personnelle, à un « oui » personnel et filial face à Dieu. Respecter le corps de l'être humain, c'est honorer la promesse de l'al­liance. Cette unité « substantielle » du don qu'est l'embryon humain est tellement fon­damentale et forte que toucher au corps de l'homme, c'est toucher l'homme. Le corps, c'est la personne déjà visible. Le corps garde et manifeste l'être personnel. Il le dit et le donne. Sans les mots du corps, que saurions-nous de l'embryon humain et de nous-mêmes ? À nous d'apprendre la grammaire et le vocabulaire de ce langage.

    L'embryon humain annonce et prédit la totalité intérieure et extérieure qui s'offre à nous comme une personne dans son inno­cence et sa « nouveauté ». « C'est pour­quoi le fruit de la génération humaine dès le premier instant de son existence, c'est-à-dire à partir de la constitution du zygote, exige le respect inconditionnel moralement dû à l'être humain dans sa totalité corpo­relle et spirituelle ».

     


    V. IL EST UN « DON » DE L'HOMME
    ET DE LA FEMME


    Au coeur des débats bioéthiques, ce point mérite considération. La doctrine morale de l'Église est incompréhensible sans l'articu­ler avec la théologie sacramentaire du mariage, de la relation homme-femme et du respect de la signification de la différence sexuelle marquée dans la beauté de l'acte conjugal, posé dans l'écrin du consente­ment. Dieu unit les époux à Lui et à son désir de faire surgir la « nouveauté d'êtres singuliers ». Donner la vie est « un geste divin » auquel l'homme est appelé à partici­per. « L'âme spirituelle de tout homme est "immédiatement créée" par Dieu ». De nombreux auteurs y voient d'ailleurs la source ultime de la dignité intrinsèque de tout être humain.

    S'il est bon de marquer, comme nous l'a­vons fait, la primauté de l'action divine, il convient d'en voir toute la fécondité au niveau de la responsabilité de l'homme et de la femme qui collaborent intimement à l'acte créateur. Pour accueillir l'enfant qui vient, l'action des parents doit participer des mêmes traits personnels que l'acte

    créateur. L'amour conjugal est extatique au sens où l'union des époux est ouverte sur l'infini de son fruit. « Le don réciproque des époux ne demeure fidèle à lui-même qu'en acceptant de se redoubler en ce "don du don" qu'est l'enfant ». L'acte conjugal est une participation à l'humanité de l'au­tre : il humanise les conjoints et l'enfant parce qu'il est le lieu privilégié de la recon­naissance de leur commune humanité et de leur filiation divine. « Dans sa réalité la plus profonde, l'amour est essentiellement don, et l'amour conjugal, en amenant les époux à la connaissance réciproque qui fait qu'ils sont "une seule chair", ne s'achève pas dans le couple ; il les rend en effet capables de la donation la plus grande qui soit, par laquelle ils deviennent coopérateurs avec Dieu pour donner la vie à une autre per­sonne humaine. Ainsi les époux, tandis qu'ils se donnent l'un à l'autre, donnent au-delà d'eux-mêmes un être réel, l'enfant, reflet vivant de leur amour, signe permanent de l'unité conjugale et synthèse vivante et indissociable de leur être de père et de

    mère »


    L'acte conjugal ne peut pas être posé par procuration ou par personne interposée. À l'acte conjugal est lié un droit inamissible et sa beauté est issue de sa participation au don créateur, participation libre, cons­ciente et joyeuse. Le don parental laisse surgir le don qu'est l'enfant, et réciproque­ment. Dans le présent de l'acte, il est une parabole de l'amour de Dieu. L'amour des époux est aussi prophétie de la venue à l'existence de l'enfant. Le don des époux peut ainsi donner à chaque être humain l'assurance qu'il est aimé. L'acte conjugal qualifie ainsi l'embryon dès l'origine. « L'origine d'une personne est en réalité le résultat d'une donation. L'enfant à naître devra être le fruit de l'amour de ses parents ». Le don charnel des époux est à l'image du don créateur divin. De leur double don, naît un don nouveau, pénétré par la gratuité de l'être. Cette dynamique du don se rapporte au « nom » de Celui qui donne : nom paternel de Celui qui « engen­dre » de toute éternité. La paternité divine transparaît dans le désir des parents de se donner l'un à l'autre et de donner la vie. Ce don qu'est l'embryon humain advient ainsi, selon sa perfection, à travers un acte d'a­mour personnel passant par le corps des époux. En agissant avec Dieu et en son nom, les parents rendent visible la logique du don consubstantielle à l'amour de Dieu.

     

     



    VI. IL EST UN « DON » À IMAGE DU CHRIST


    La bénédiction inaugurale (Gen 1) révèle la bonté de la procréation et la mission confiée à l'homme et à la femme à l'aube des temps. La parole de Dieu est porteuse d'une sagesse qui est une connaissance vraie, dans la lettre et dans l'esprit, même si « la Bible hébraïque est fort discrète sur la formation de l'être humain dans le sein maternel." Le para­doxe que nous rencontrons dans l'Écriture est le suivant : dans une réelle ignorance du « comment » de la formation et de la crois­sance de l'être humain (pour les écrivains sacrés de cette époque), une affirmation s'impose : l'identité de l'embryon est recon­nue, son lien avec Dieu est clairement assuré, l'abandon de la maîtrise que nous avons sur son origine et la nôtre est déployée. La vocation de l'homme est dessinée dès l'ins­tant de la conception : « Avant de te former au ventre maternel, je t'ai connu, avant que tu sois sorti du sein, je t'ai consacré, comme prophète des nations, je t'établis » (Jr 1,5). Dieu prend en charge l'être humain dès le sein maternel. Dans la description poétique de l'embryon humain par Job (Jb 10,10-12), « les trois termes, vie, faveur et souffle, sont des dons de Dieu à l'embryon ». La sagesse divine embrasse l'espace et le temps.

    Elle pénètre de l'intérieur l'humanité de l'em­bryon et le connaît ainsi mieux qu'il ne se connaît à l'origine. Cette connaissance divine est animée de puissance et d'amour. Dieu connaît l'embryon dans l'unité qu'il est dès l'origine. Le psaume 139 montre avec clarté combien « l'embryon est déjà le "moi" et il est /œuvre de Dieu, qui, par conséquent, le connaît, lui, personnellement, dès l'origine de son être »

    Les commentaires des pères P. Beauchamp et J.-M. Hennaux l'explicitent avec précision et profondeur : ils soulignent cette connaissance particulière que Dieu a de tous les hommes. Ce « savoir » divin n'est pas abstrait, mais très concret. « Yahvé, tu me sondes et me connais ; que je me lève ou m'assoie, tu le sais, tu perces de loin mes pensées ; que je marche ou me couche, tu le sens, mes chemins te sont tous familiers. » La connaissance de l'homme par Dieu est complète et vraie, à travers l'espace et le temps. Cette connaissance que Dieu a de ses créatures est fréquemment masquée, oubliée ou niée dans la réflexion courante sur l'identité de l'homme et particulière­ment de l'embryon humain.

     


     


    Dans la prière et dans l'acte de réflexion sur son être créé, tout homme - comme le psalmiste - est appelé à se connaître à par­tir de Celui qui lui a donné d'être. L'enjeu de l'origine est une meilleure connaissance du mystère personnel de tout homme et de la richesse du concept d'humanité. « De soi comme créé, comme terme de l'action divine donatrice de l'être, l'embryon est un symbole. Qui d'autre que Dieu peut avoir fait surgir une nouvelle vie au ventre de la mère, au profond de la terre ? De toute évi­dence, l'apparition d'un nouvel être humain dépasse la puissance d'un homme et d'une femme. Qu'est-ce qui pourrait mieux dire le passage du non-être à l'existence, qu'est-ce qui pourrait mieux exprimer l'action propre­ment créatrice de Dieu, que le commence­ment pur, la conception, le premier instant d'existence ? Reconnaître le Créateur, n'est-ce pas reconnaître sa priorité absolue ? Son action absolument première au moment où la créature est incapable d'aucune action propre et est seulement en train d'accéder à l'existence ? Dans ce premier instant - et ces premiers moments - seul brille le "tra­vail" divin. Se reconnaître et s'accepter comme créé sont des actes inséparables d'une reprise du premier instant d'exis­tence, d'une assomption de la propre conception ».

    De cette manière nous est suggérée la reconnaissance de la trame du monde. L'œuvre de Dieu est donation. Le geste qui nous fait advenir dans l'être est de même nature. L'acte d'accueil de l'être humain, comme embryon, sera de la même saveur. Cette reconnaissance nous engage toujours dans l'histoire. Comme la perception anthropologique de la « dette » que nous sommes est le fondement du dynamisme éthique, la connaissance du visage du Donateur, nous porte à agir « comme Lui ». Il s'agit de vivre en Alliance, comme un fils avec son père. La personne du Christ, son Incarnation, explicite aux yeux des hommes ce mystère de filiation et d'adop­tion divine. La question à poser ne serait-elle pas celle-ci : ne sommes-nous pas tous des enfants à l'image de cet enfant ? « En révélant Dieu à l'homme, le Verbe incarné révèle aussi l'homme à lui-même ».

    La conception de Jésus dans le sein de la Vierge Marie n'est pas création d'une nou­velle personne. L'humanité du Christ appar­tient au Verbe fait chair. La conception virgi­nale du Christ, Dieu fait homme, vrai Homme et vrai Dieu, appartient au don du Père à l'humanité qui le reçoit dans le « oui » de Marie. Dieu est offert en son Fils, livré pour nous dès sa conception. Ce mystère du pardon ne passe pas inaperçu dans la rencon­tre de Marie avec Élisabeth ni dans le tres­saillement du précurseur en son sein (Lc 1,44). Mais le « don » qui transfigure l'his­toire de l'humanité est d'abord silencieux et intérieur. L'enfant conçu et offert entre dans la patience d'une croissance humai­ne. Il ne devient visible qu'à sa naissance dans les bras de Marie, emmailloté de lan­ges et couché dans une mangeoire (Lc 2,7). Nous savons peu de choses de la grossesse de Marie. Ce que nous savons, c'est que notre Dieu a voulu grandir comme tous les enfants du monde. C'est la logique de sa vie : Il s'est livré aux hommes.

    Comment interpréter ce mouvement kénotique sinon par une volonté divine de rejoindre l'humanité et de la transfigurer. Le don du Fils aux hommes et pour eux est vulnérabilité et fragilité. Pour sauver l'hu­manité, Dieu la laisse à ce point parler et entrer en Lui qu'il devient homme, sem­blable aux hommes, excepté le péché. Le don d'un enfant à Marie et à Joseph, puis à toute l'humanité, est une parabole de la logique trinitaire du don et de la commu­nion. Reconnaître la divinité du Christ dans la vulnérabilité et le silence de l'en­fance aide à reconnaître la dignité de l'être humain dans tous les stades de son déve­loppement. L'enfant est un sacrement de la vulnérabilité de Dieu. L'enfance duChrist est une parabole qui renvoie à une similitude du don de Dieu pour l'éternité. « Ce Fils nous est donné pour que le visage de Dieu, reconnaissable dans le visage d'un enfant, illumine aussi notre propre

    Visage ».

    L'Enfant-Dieu est donné à tous les hom­mes parce que le Fils se livre à tous les hom­mes pour leur salut. C'est l'enfant de la pro­messe faite à Israël : « Et voici que la Vierge a enfanté » (Is 7,14). Il est reçu là où il est attendu avec humilité. Il est reconnu là où il est aimé. Tout don, même attendu et accueilli, surprend l'attente des hommes. En Christ, il dépasse toute espérance. En tout enfant, il ouvre au mystère d'une alté­rité offerte en sa richesse toute neuve. Le monde recommence avec la naissance de chaque enfant. « Chaque enfant qui naît porte en lui l'espoir que Dieu n'est pas découragé au sujet de l'homme » (R. Tagore). Comme cette parole est vraie, appliquée au Christ ! Si le Père de toute paternité confie et offre à l'humanité son propre Fils, l'espérance en l'homme en est affermie !

    Ce mouvement de la raison comme du coeur en face de l'Enfant-Dieu est paradig­matique. Il laisse comprendre les conditions de la reconnaissance et de l'accueil de l'em­bryon humain comme « frère en humanité ».

    Ainsi, dans le Christ, tout homme est-il appelé dès sa conception à être un « fils adoptif » et à dire les mêmes mots que ceux que Jésus adressait à Dieu son Père : « Abba, Père ». Cette familiarité et cette intimité de la créature avec le Créateur est grâce. Chacun de nous peut se reconnaître fils du même Père et entrer ainsi dans le mystère d'unefiliation commune. C'est d'ailleurs l'enjeu du respect absolu de la dignité de tout être humain. Dieu, en faisant alliance, a décidé d'être Père de tous les hommes.

    Cette paternité divine est particulière­ment inscrite dans l'histoire du peuple élu. Il se révèle comme tel par son appel, sa parole d'élection. Toute paternité humaine à son image, est plus reconnaissance du fils par la parole que par un test chromoso­mique. La paternité divine nous dit qui nous sommes. Elle est tournée vers le passé (le père est toujours « avant » le fils), mais elle nous libère dans le présent de notre histoire pour nous orienter vers l'ave­nir. La définition de l'être paternel de Dieu est fondamentale pour récapituler tous les moments de notre histoire. Parler d'un Dieu Père et d'une adoption de tout embryon dans le Christ, ce n'est pas seule­ment reconnaître que nous venons de Lui, mais c'est aussi affirmer que nous allons vers Lui. Cette vision de la paternité et de la filiation ouvre un horizon éternel à tout être humain : un horizon où il est attendu et espéré. Le Père n'est pas l'absent, retiré dans sa transcendance ; il est celui dont le cœur et les bras nous attendent.

    Dans l'embryon humain qu'Il crée, Dieu s'exprime comme créateur et père. Il est maître des temps : Il est Éternel. Il voit déjà l'homme libre, donné à lui-même, capable de reconnaître un jour le don qui lui est fait de la vie. Il voit dans tout embryon humain celui qui l'aimera un jour, celui qui répondra à son amour. La création est alliance pater­nelle entre Dieu et chacune de ses créatu­res. Cette alliance se noue historiquement dans la personne du Christ, l'unique Fils du Père. C'est le Christ lui-même qui nous per­met d'entrer dans son état de Fils : nous sommes créés « dans le Christ ». Dans la création, Dieu le Père nous destine à deve­nir fils dans le Fils, participants de l'alliance nouvelle et éternelle qu'il conclut en son Fils pour toute l'humanité. En tout embryon humain, Dieu voit l'image de son Fils. L'affirmation est lourde de sens. Tout embryon humain qui surgit dans l'existence participe à l'éternité du dessein créateur et sauveur de Dieu (Ep 1,3-4). Au-delà des circonstances et des événements qui condi­tionnent ou expliquent notre venue au monde, Dieu lui-même est notre origine et notre fin parce que Créateur et Père.



     VII. L'ENFANT EMBRYONNAIRE

    EST UN CARREFOUR ÉTHIQUE DE L'HUMANITÉ


     

    Cette attitude de reconnaissance sera faite de raison et de cœur : elle suppose une réflexion sur la nature de l'embryon humain et un accueil de sa personne. La réflexion nous ramène à notre propre ori­gine et au mystère de notre dépen­dance .

    Nous n'avons pas été témoins de notre conception et nous n'avons pas « voulu » venir à l'existence. La mémoire de cette « tache aveugle » s'éclaire dans la lumière

    divine, par la puissance du Père qui nous a appelés à être. L'ombre des corps - la pro­création naturelle se love à l'intérieur d'un secret charnel et de l'obscurité des corps -préside à la conception. Elle est symbole non d'un tabou, mais d'un amour qui reçoit humblement de communiquer la vie reçue. L'homme et la femme œuvrent pour que se noue le mystère d'alliance entre Dieu et chaque nouvelle créature pour toujours. L'âme humaine n'est pas donnée par les parents elle leur est confiée.

     

     

     



    L'humanité de chacun de nous ne se réduit pas aux apparences et aux signes que nous en donnons. Bien sûr, les phénomè­nes nous aident à identifier l'humain, à l'ai­der à grandir, à en découvrir la vocation. C'est notre tâche de les déceler. Mais pour être capable de déceler les signes de l'humain, la technique ou la science ne suffisent pas (l'é­lectro-encéphalogramme, l'échographie). La reconnaissance d'autrui passe par un libre accueil de ce que nous sommes : un don les uns pour les autres. La reconnaissance passe par l'amour. Sans la volonté d'aimer et de se donner, l'homme ne peut pas reconnaître l'homme. Plus les apparences de l'humain semblent obscures, plus il nous faudra aimer, croire et espérer dans la dignité cachée d'un être. Ce que la raison nous suggère, l'amour nous permet de le voir.

    « Nous pouvons toujours douter d'un être, si nous ne nous décidons pas à tirer de nous-mêmes une force de surcroît, un don gratuit, un consentement qui recouvre l'abîme de son mystère. Or cela s'accomplit spontanément en nous dès que nous fai­sons crédit à la parole d'un autre, en toute occasion, en plein jour. C'est cependant un rendez-vous dans la nuit, chacun éclairé seulement par sa lumière intérieure, et par l'invitation de l'autre ».

    L'embryon humain, comme tout être humain, est plus que l'apparence qu'il donne de lui-même. Ce qu'il est en acte, ne s'est pas encore manifesté ni exercé en toute sa puissance : un don en soi. D'ail­leurs, l'apparence dessert le nouvel être humain. Les « sens » sont aveuglés sur l'identité humaine. Une barrière doit être franchie par l'amour, pour que la raison reconnaisse l'être-de-don en acte, avant qu'il ne puisse exercer toute sa « puissance humaine ».

    « L'être humain est déjà et de toujours personne en lui-même et pour Dieu : il a simplement à être reconnu comme tel par autrui et d'abord par les parents. Autrui humanise ce qui est humain déjà ».

     



    Parce que son être dépend directement de Dieu, nous avons à le recevoir comme une

    créature, à son image. L'accueil du don qu'est l'enfant « signe » moralement la relation de l'homme à l'homme, mais aussi la relation de l'homme à Dieu. « En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l'a­vez fait à l'un de ces plus petits, qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait » (Mt 25,40).

    Le don appelle la reconnaissance à sa mesure. Refuser de considérer la per­sonne comme un don, c'est la blesser griè­vement, c'est voiler sa beauté. C'est aussi risquer sa perte. Toute négation du don qu'est l'enfant ou du don de ses parents l'un pour l'autre, fait gravement obstacle à la surabondance de la vie et à son partage.Je conclus : « Pour le chrétien, l'em­bryon humain est créé par Dieu, il est l'ap­parition d'une volonté de Dieu. À ce titre, il doit être respecté absolument. Il est aussi quelqu'un pour qui le Christ est mort, quel­qu'un qui a une valeur infinie au regard de la croix.Dans la foi, l'embryon n'est pas consi­déré isolément. Il est relié à Dieu, son fon­dement, qui le pose, qui le crée, qui le donne, qui le sauve. Il est aussi relié à l'acte procréateur d'un homme et d'une femme, acte qui doit être pris en considé­ration et respecté dans son fruit. L'Église proclame la valeur infinie de tout homme, y compris du plus petit, du plus faible. Dans l'Instruction Donum vitae, offerte à tout homme de bonne volonté, le critère réflexif donné pour évaluer différentes situations bioéthiques nouvelles, est celui-ci : « L'être humain doit être res­pecté, comme une personne, dès le pre­mier instant de son existence ».Ce que nous avons développé antérieurement explicite et nous semble fonder théologi­quement ce repère éthique, cette halakhah catholique, si précise et si détermi­née.



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