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Qu'est-ce qu'un embryon?
L'embryon désigne «l'être humain pendant les huit premières semaines de son développement», dit le Larousse médical. Toutefois, de nombreux médecins préfèrent parler d'abord de zygote ou de morula (pour désigner l'œuf fécondé), puis de blastocyste (pour désigner le moment où l'œuf se divise en deux ensembles cellulaires principaux, entre le 5e et le 7e jour), et employer le terme d'embryon à partir du 8e jour, moment où apparaît le «bouton embryonnaire» à partir duquel se développera l'embryon lui-même. À partir du 3e mois, on ne parle plus d'embryon mais de fœtus.
Suite de l'ABC de la bioéthique de La Croix, le journal fait aujourd'hui le point sur la question du statut de l'embryon humain, relancée notamment par la recherche sur les cellules souches embryonnaires. Pour Marianne Gomez, "il ne s'agit plus seulement aujourd'hui de se prononcer sur le maintien en vie ou la destruction des embryons, mais de savoir dans quelle mesure ceux-ci peuvent être utilisés comme matériau de recherche".
Le statut est fixé par des lois ou des règlements. En France, le droit civil reconnaît seulement deux catégories juridiques : les choses, objets de droits, et les personnes, sujets de droits. Ni chose, "à l'évidence", ni personne, le droit français considérant qu'une personne doit être "née vivante et viable" pour disposer de la personnalité juridique, "où placer l'embryon" ? En juin 2002, la Cour de cassation avait donc statué que l'on ne peut pas condamner pour homicide quelqu'un pour avoir tué un fœtus, celui-ci n'étant pas une personne. Les tentatives de créer une infraction d'interruption volontaire de grossesse (IVG) menées à l'Assemblée (avec l'amendement Garraud notamment, en 2003) ont été déboutées par crainte d'une remise en cause la loi sur l'avortement. "Depuis, la question du statut de l'embryon et/ou du fœtus est dans l'impasse", note le quotidien.
Pourtant, l'article 16 du Code civil stipulant que "la loi assure la primauté de la personne, interdit toute atteinte à la dignité de celle-ci et garantit le respect de l'être humain dès le commencement de la vie" procure à l'embryon une forme de protection juridique. Depuis 1994, la sauvegarde de la dignité de la personne humaine a valeur constitutionnelle, sans que "le principe du respect dès le commencement de la vie" ne soit appliqué aux embryons in vitro. Mais, pour la journaliste, les embryons in vitro sont protégés par les lois de bioéthique qui interdisent la conception et l'utilisation des embryons à des fins commerciales ou industrielles ainsi que la conception d'embryons pour la recherche. Pour autant, ces lois autorisent leur destruction au bout de cinq ans ou, par dérogation, le fait qu'ils puissent faire l'objet de recherches.
Selon le quotidien, "a priori, toute perspective d'introduire dans la loi une définition de l'embryon est écartée". En 1984, le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) a bien proposé le concept de "personne humaine potentielle" sans que cela soit une définition légale.
La Croix parle d'une "impossible définition commune", citant tour à tour le biochimiste Michel Pucéat (directeur d'une unité de recherche INSERM sur la thérapie cellulaire) pour lequel on "ne peut pas parler d'embryon à propos des premiers stades de la vie" ; l'islam pour qui le statut de fœtus découle de son animation (au 40e jour) ; le judaïsme pour qui l'embryon n'a pas de valeur avant le 40e jour ; les protestant qui considèrent que c'est le projet parental qui donne à l'embryon une valeur humaine ; et l'Eglise catholique pour qui "l'embryon humain, à quelque stade de son développement qu'on le prenne, est un être engagé dans un processus continu, coordonné, et graduel, depuis la constitution du zygote jusqu'au petit enfant prêt à naître". Président honoraire de l'Académie de médecine, Claude Sureau estime lui que le droit pourrait réconcilier ces différentes conceptions en reconnaissant "l'être prénatal" dont le respect "évoluerait en fonction de son âge". Pour Bertrand Mathieu, professeur de droit constitutionnel, cette proposition introduit "une rupture dans l'unité de l'espèce humaine".
Si "dans le monde, aucun texte de loi ne donne de statut à l'embryon", "chaque pays dispose d'un arsenal législatif pour le protéger". Ainsi, en Europe, c'est la Convention européenne des droits de l'homme et de la biomédecine, dite Convention d'Oviedo, [non ratifiée par la France, NDLR] qui fixe les règles en la matière en interdisant "la constitution d'embryons humains aux fins de recherche" et précisant que "lorsque la recherche sur les embryons in vitro est admise par la loi, celle-ci assure une protection adéquate aux embryons". Aux Etats-Unis, plusieurs tentatives ont été menées pour faire adopter des lois reconnaissant l'embryon comme un être humain dès sa conception, comme au Dakota du Sud et au Colorado en novembre 2008 (cf. Synthèses de presse du 05/11/08). L'affaire des octuplés (cf. Synthèse de presse du 02/02/09) a aussi relancé le débat, leur mère plaidant que "tous [les embryons congelés, NDLR] étaient mes enfants. Comment pouvais-je choisir entre eux qui aurait une chance de vivre et qui mourrait ?".
D'ailleurs, "pour les couples, l'embryon est déjà un enfant", affirme Dominique Regnault, présidente des psychologues de la fédération nationale des Centres d'étude et de conservation des œufs et du sperme (Cecos)...
genethique.org
Témoignage de Dominique Regnault, présidente des psychologues de la fédération nationale des Centres d'étude et de conservation des œufs et du sperme [Cecos]
«Pour les couples, l'embryon est déjà un enfant. Les couples qui sont en assistance médicale à la procréation ont tellement investi dans leur projet d'enfant que, pour la majorité d'entre eux, l'embryon est déjà un enfant. Lorsqu'une nouvelle tentative de transfert d'embryon échoue, par exemple, ils disent souvent: "On a perdu le bébé" ou, lorsque qu'il ne peut pas être transféré après décongélation : "Il est mort " Il ne s'est pas réveillé". Ceux qui ont des embryons congelés surnuméraires, lorsqu'ils passent devant l'hôpital, parlent de leurs "enfants qui sont là". D'ailleurs, un certain nombre de couples ayant accompli leur projet parental sont désemparés lorsqu'on leur demande ce qu'ils veulent faire de leurs embryons surnuméraires. Ils ne savent pas quoi décider. Une femme m'a dit ainsi récemment: "Mais que vont-ils devenir ?" S'ils les proposent à l'accueil par un autre couple, ils ont l'impression de les abandonner; et ils ne veulent pas les détruire, car c'est détruire une vie. Ils ont donc tendance à les conserver le plus longtemps possible, pour laisser la question en suspens avec eux. De même, il n'est pas anodin pour les équipes médicales de mettre fin à la conservation d'un embryon, car elles ont en quelque sorte acquis, par la fréquentation des couples stériles, un terrain fantasmatique commun avec eux. Et pour elles aussi, l'embryon est inscrit dans l'ordre de l'humain. »