Rencontre avec une communauté chrétienne catholique de Moselle, à Thionville (rive gauche). Trouver les infos qu'il vous faut: prière, réflexion, méditation, baptême, première communion,confirmation, sacrement de l'ordre, mariage, funérailles, .......
La prière est une activité vitale pour le chrétien ; elle est la respiration de son « être spirituel ». Pourtant, combien peu parmi nos contemporains respirent "spirituellement" ? Ou ont seulement conscience de la nécessité de cette respiration? Une page de Mgr Antoine BLOOM, évêque orthodoxe s'adressant à des jeunes réunis à Taizé, va nous aider à nous interroger sur la place que tient réellement la prière dans notre vie d'aujourd'hui.
La vie et la prière sont complètement inséparables. Une vie sans prière, c'est une vie qui ignore une dimension essentielle de l'existence, c'est une vie qui est satisfaite du visible, de notre prochain, mais de notre prochain physique, de sa destinée. La valeur de la prière consiste à découvrir, à affirmer et à vivre le fait que tout a une dimension d'éternité, et que tout a une dimension d'immensité, si l'on peut dire.
Le monde où nous vivons n'est pas un monde profane. C'est un monde que nous savons trop bien profaner mais en soi, il est sorti des mains de Dieu, il est aimé de Dieu. La valeur que Dieu lui attache, c'est la vie et la mort de son Fils unique. Et la prière manifeste notre connaissance de ce fait, notre découverte du fait que chacun autour de nous, chaque chose autour de nous, a aux yeux de Dieu une valeur sacrée, et nous devient aimée. Ne pas prier, c'est laisser Dieu en dehors de l'existence, et non seulement lui, mais tout ce qu'il signifie dans le monde qu'il a créé, le monde où nous vivons.
Maintenant, il nous semble souvent qu'il est difficile de coordonner la vie et la prière. C'est une erreur, c'est une erreur absolue. Elle vient de ce que nous avons une idée fausse de la vie comme de la prière. Nous pensons que la vie consiste à s'agiter, et que la prière consiste à se retirer quelque part, et à oublier tout, de notre prochain et de notre situation humaine. C'est faux, c'est une calomnie de la vie, et c'est une calomnie de la prière elle-même.
Si nous voulons apprendre à prier, il faut d'abord nous faire solidaires de la réalité totale de l'homme, de sa destinée et du monde entier : l'assumer totalement. Et c'est là l'acte essentiel que Dieu a accompli dans l'Incarnation. C'est l'aspect total de ce que nous appelons l'Intercession. Ordinairement, quand nous pensons à l'intercession, nous pensons qu'elle consiste à rappeler poliment à Dieu ce qu'il a oublié de faire. En réalité, l'intercession consiste à faire un pas qui nous porte au cœur d'une situation tragique, un pas qui ait la même qualité que le pas du Christ qui est devenu homme une fois pour toutes.
Nous devons faire un pas qui nous porte au cœur d'une situation dont plus jamais nous ne voudrons sortir. Une solidarité chrétienne, christique, qui est simultanément orientée aux deux pôles opposés. Le Christ incarné, vrai homme et vrai Dieu, est totalement solidaire de l'homme dans son péché lorsqu'il se tourne vers Dieu, totalement solidaire de Dieu lorsqu'il se tourne vers l'homme. C'est cette double solidarité, qui nous fait en un sens étranger aux deux camps et, en même temps, uni aux deux camps, qui est notre situation chrétienne de base.
Maintenant, vous me direz : que faire ? Eh bien, la prière naît de deux sources : ou bien c'est l'émerveillement que nous avons par rapport à Dieu et aux choses de Dieu (notre prochain, ou le monde qui nous entoure, malgré ses ombres), ou bien c'est le sens du tragique, le nôtre et celui des autres surtout. Berdiaeff disait: "Si j'ai faim, c'est un fait physique, si mon voisin a faim, c'est un fait moral". Eh bien, voilà le tragique tel qu'il nous apparaît à chaque instant : mon voisin a toujours faim. Il n'a pas toujours faim de pain : il a quelquefois faim d'un geste d'humanité, d'un regard charitable. Eh bien, c'est là que commence la prière, dans cette sensibilisation à la merveille et à la tragédie. Lorsqu'elle subsiste, tout est facile: dans l'émerveillement, nous prions facilement, comme nous prions facilement lorsque le sens de la tragédie nous empoigne.
Dans l'existence quotidienne, la vie et la prière doivent faire un. Et je n'ai pas le temps d'en dire beaucoup, mais je voudrais simplement dire ceci : levez-vous le matin, placez-vous devant Dieu et dites : Seigneur, bénis-moi et bénis cette journée qui commence. Et ensuite; traitez toute cette journée comme un don de Dieu, et considérez-vous vous-même comme l'envoyé de Dieu dans cet inconnu qu'est la journée nouvelle. Cela veut dire simplement quelque chose de très difficile : que rien de ce qui aura lieu dans cette journée n'est étranger à la volonté de Dieu ; tout, sans exception, est une situation dans laquelle Dieu vous aura placé pour que vous soyez sa présence, sa charité, sa compassion, son intelligence créatrice, son courage, etc... Et, d'autre part, chaque fois que vous rencontrerez une situation, vous êtes celui que Dieu a placé pour faire office de chrétien, pour être une parcelle du corps du Christ, une action de Dieu.
Si vous faites cela, vous verrez facilement que, à chaque instant, vous aurez à vous tourner vers Dieu et à dire : Seigneur, éclaire mon intelligence, renforce et dirige ma volonté, donne-moi un cœur de feu, aide-moi. A d'autres moments, vous pourrez dire : Seigneur, merci ! Et si vous êtes sage et si vous savez remercier, vous éviterez la sottise que l'on appelle la vanité ou l'orgueil, qui consiste à s'imaginer que l'on a fait quelque chose que l'on ne pouvait pas faire. C'est Dieu qui l'a faite, c'est Dieu qui nous a fait ce cadeau merveilleux de nous donner cela à faire.
Quand, le soir, vous vous représenterez devant Dieu, et que vous ferez un examen rapide de la journée, vous pourrez chanter ses louanges, le glorifier, le remercier, pleurer sur d'autres, et pleurer sur vous.
Si vous commencez à unir la vie de cette façon à votre prière, elles ne se sépareront jamais. Et la vie sera comme un combustible qui, à chaque instant, nourrira un feu, qui deviendra de plus en plus riche, de plus en plus brûlant, et qui vous transformera vous-même peu à peu en ce buisson ardent dont parle l'Écriture Sainte.
Cahier END, Réunis au Nom du Christ, 2ème partie, p. 11-13