Rencontre avec une communauté chrétienne catholique de Moselle, à Thionville (rive gauche). Trouver les infos qu'il vous faut: prière, réflexion, méditation, baptême, première communion,confirmation, sacrement de l'ordre, mariage, funérailles, .......
Discours d’ouverture du card. Vingt-Trois
Visite de Benoît XVI, synode des évêques, questions de sociétéROME, Dimanche 9 novembre 2008 (ZENIT.org) - La visite de Benoît XVI, le synode des évêques mais aussi les questions de notre société - celles de la « commercialisation » de l'être humain ou du travail du dimanche - autant de thèmes abordés par le président de la conférence des évêques de France, le cardinal archevêque de Paris, André Vingt-Trois lors de son discours d'ouverture de l'assemblée des évêques de France, à Lourdes, le 4 novembre.
Discours d'ouverture du card. Vingt-Trois
Chers Frères et Amis,
Je salue très fraternellement les nouveaux évêques qui participent pour la première fois à nos travaux. Nous sommes tous heureux de leur arrivée dans notre assemblée et nous leur souhaitons d'y trouver autant de labeur et de joie que nous en trouvons nous-mêmes.
Avant d'ouvrir la session de notre assemblée, je voudrais vous partager quelques instants de la visite que je viens de faire à Moscou avec Mgr Thomazeau, Mgr Riocreux et Mgr de Moulins-Beaufort. A l'invitation du Patriarche Alexis II, je lui rendais la visite qu'il avait faite à Paris il y a un an. Nous avons passé quatre jours en Russie dont les moments forts ont été la visite de la Laure de la Trinité Saint Serge et de l'Académie de Théologie qui lui est jointe, une journée aux Iles Solovki qui fut le lieu du martyre de nombreux orthodoxes évêques, prêtres, religieux, religieuses et laïcs unis avec des catholiques dans le témoignage de la foi et, évidemment la rencontre avec le Patriarche Alexis II. Nous avons pu constater le relèvement de l'Église orthodoxe russe, sa vitalité actuelle et le désir de nombre de ses responsables, dont le Patriarche Alexis, de nouer des contacts étroits avec l'Église catholique. Nous savons bien que ces relations sont marquées aussi par les tensions qui peuvent exister avec le Patriarcat de Constantinople et qu'elles ne sont pas sans opposition même parmi les évêques russes. Mais il me semble que ces relations peuvent aussi aider à un véritable rapprochement de notre Église avec l'orthodoxie. Nous serons à votre disposition pour en parler avec ceux qui le souhaiteront.
Cette session de notre assemblée est évidemment marquée par les deux grands événements ecclésiaux que nous venons de vivre. D'abord la visite pastorale du Pape Benoît XVI et ensuite la session du Synode des évêques.
1. Benoît XVI parmi nous.
La visite pastorale du Pape Benoît XVI a été un grand moment de la vie de notre Église. Les rassemblements de Paris et de Lourdes ont montré aux observateurs attentifs et impartiaux que l'image donnée trop souvent d'une Église en décadence et sans avenir ne correspond pas à la réalité. Nous avons vu une Église où les jeunes, adolescents, étudiants, jeunes professionnels jeunes familles avec leurs enfants, tenaient une place centrale et donnaient à nos rencontres un climat de joie, de sérénité et de recueillement tout-à-fait impressionnant. Beaucoup de personnes en ont été frappées à Rome et dans d'autres pays, nous en avons eu des témoignages nombreux au cours du récent synode.
La présence du Pape tout à la fois proche et accueillant, et totalement plongé dans la contemplation du Christ Sauveur a été un révélateur. Elle a manifesté la véritable personnalité de Benoît XVI, son espérance, sa confiance, et sa bonté. Elle a montré aussi l'affection que nous lui portons et notre profonde communion avec lui. La densité spirituelle des célébrations que nous avons vécues autour de lui a exprimé de manière sensible la richesse de notre unique liturgie commune quand on y apporte tout le soin qu'elle mérite.
La réunion qu'il a présidée ici même a été l'occasion de manifester clairement notre communion avec le Successeur de Pierre et la convergence de nos préoccupations et de nos recherches. Nous sortons fortifiés de cette rencontre pour nous engager et engager nos diocèses dans les voies de l'évangélisation. Les questions que le Pape a évoquées sont les mêmes questions qui font l'objet de nos préoccupations permanentes : les vocations, la famille, la catéchèse et la jeunesse, l'unité des communautés, l'engagement dans les relations œcuméniques et les relations avec nos frères juifs, la rencontre des religions non-chrétiennes. Ce sont autant de domaines dans lesquels nous nous efforçons de progresser chacun dans nos diocèses comme à l'échelon national.
L'appel de jeunes hommes et de moins jeunes au sacerdoce est évidemment au cœur de nos préoccupations comme le montrent les diverses initiatives prises dans les diocèses de France pour relancer sans cesse la pastorale des vocations et améliorer les conditions de la formation des prêtres. Les prêtres sont nos collaborateurs quotidiens et nous les recevons vraiment comme un « don de Dieu pour l'Église », « la couronne spirituelle de l'évêque. » Cette fois encore, nos travaux nous invitent à poursuivre notre réflexion sur les vocations, la formation et le ministère des prêtres.
Le Pape m'a fait part de sa grande satisfaction et de la joie qu'il avait éprouvée parmi nous. De son coté, chacun de nous a pu recueillir les échos positifs de ce voyage bien au-delà des limites des cercles ecclésiaux. Une nouvelle fois, au nom de l'ensemble de nos diocèses, je veux exprimer au Pape Benoît XVI notre reconnaissance pour tout ce qu'il nous a permis de vivre au cours des ces quelques jours. Nous nous emploierons à en récolter les fruits.
2. Synode des évêques.
Avec les délégués de la Conférence, nous rentrons tout juste de la XII° session générale du Synode des évêques. Nous aurons l'occasion tout à l'heure de partager nos réflexions sur le thème même du synode : « La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l'Église. » Mais avant d'entrer dans le contenu et les résultats de cette session, nous pouvons déjà saluer l'événement d'Église qu'elle a représenté. Près de 250 Pères synodaux entourés d'experts, d'auditeurs et de délégués des autres communautés chrétiennes ont vécu trois semaines d'échanges intenses sur la vitalité de l'Église à travers le monde et ont participé à une véritable expérience de la communion ecclésiale. Ils ont recueilli les fruits de la fécondité de la Parole de Dieu et ils ont partagé les espérances et les épreuves de l'évangélisation sur les cinq continents.
La mise en valeur de la Parole de Dieu dans la vie des communautés appelle certainement un renouveau de la diffusion de la Bible auprès des chrétiens et un développement des moyens de formation à la lecture priante des Saintes Écritures, à travers le monde et donc chez nous. Les risques de lectures fondamentalistes par des groupes à tendances sectaires supposent une meilleure capacité de la lecture de l'Écriture en Église et de son interprétation. Nous avons mesuré que la Constitution conciliaire Dei Verbum avait besoin d'être à nouveau étudiée et mise en œuvre, tout particulièrement dans la dimension théologique de l'interprétation biblique. Faut-il rappeler que quarante ans représentent une génération ? Pour beaucoup de chrétiens, le Concile fait partie des événements de l'histoire. Nous avons à actualiser son message. La formation des prêtres et des laïcs doit mieux s'appliquer à l'articulation entre une exégèse historique et une véritable lecture théologique des Écritures. Cet objectif suppose une recherche systématique dans l'élaboration pédagogique et une collaboration étroite et habituelle entre les exégètes et les théologiens. Le message des Pères synodaux est un vibrant appel à investir nos forces dans ce champ apostolique.
Sans doute l'écho médiatique de cet événement n'a-t-il pas été à la hauteur de l'expérience vécue autour de Benoît XVI. Les préoccupations de l'équilibre économique mondial ont éclipsé une réflexion qui débordait de toute part les cours de la bourse. Mais à l'échelle du temps, du monde et des attentes des hommes, qui saura ce qui aura le plus d'effet ? Dieu qui s'adresse à l'humanité lui apporte une espérance qui peut lui permettre de surmonter les péripéties de l'histoire et lui ouvrir un avenir plus assuré que les fluctuations économiques.
3. Notre société.
Ces événements de la vie de notre Église ne sont pas sans liens avec notre société à laquelle nous souhaitons apporter la Bonne Nouvelle et l'espérance qui nous habite.
Les soubresauts financiers qui marquent la période que nous vivons sont lourds de conséquences et de menaces, non seulement pour les revenus des grandes institutions financières ou pour les petits épargnants, mais aussi pour tous ceux dont les moyens de travailler et de vivre dépendent de la vitalité et de la production des entreprises, quelle que soit leur taille. L'implication forte et rapide des gouvernements européens a peut-être évité le pire. Il a montré en tout cas que la détermination permettait de faire face ensemble à une période de crise. Face à la précarité de l'emploi et à la baisse de nombreux revenus, nous sommes tous invités à développer notre réflexion sur l'organisation de la vie économique et sociale. Certes, notre Église n'a ni la mission ni la compétence pour apporter des solutions à ces problèmes. Mais elle a la mission et la compétence pour aider nos concitoyens à vivre humainement dans ce contexte économique et pour en mesurer les enjeux moraux.
Si la redistribution des revenus et des richesses peut séduire par son intention généreuse, nous ne pouvons pas éluder une question beaucoup plus radicale qui est celle de notre modèle de société. Partager des richesses est une attitude altruiste, mais le moment vient où nous devons prendre en compte les limites des richesses à partager. Comment pouvons-nous aider nos contemporains à intégrer dans leurs attentes le fait que notre planète n'est pas un réservoir indéfini de consommation possible ? Comment les aider à mieux admettre que nous ne devons pas seulement viser à la répartition des richesses entre pays développés, dans une société qui devrait assumer tous les risques particuliers ? Nous devons aussi assumer notre responsabilité dans le partage du travail et du développement avec les autres peuples de la terre. La France, comme l'Europe industrialisée, doit affronter cette réalité ou voir sa prospérité se dissoudre inéluctablement. Notre responsabilité est aussi engagée dans les attitudes à l'égard des ressources naturelles. Sans céder à un catastrophisme apocalyptique, dont les prévisions sont généralement démenties par les faits, nous devons affronter la question très réelle des coûts en ressources naturelles non renouvelables de notre modèle de consommation.
La gestion sociale du temps est confrontée elle aussi aux limites humaines. Les projets de dérogations nombreuses et légales au repos dominical s'inscrivent dans la perspective des mutations de notre société vers une norme du rendement maximum sans mesurer assez les coûts humains des changements envisagés. Nous n'oublions pas que déjà un nombre importants de nos concitoyens sont astreints au travail dominical, notamment dans certains services publics. Mais précisément, il s'agit d'une astreinte en faveur du service de tous. Etendre cette astreinte par une possibilité laissée au « libre choix » se réfère à un autre mobile : développer le rendement d'un certain nombre de secteurs d'activités économiques et miser sur l'appât du gain pour convaincre. Gagner plus doit-il devenir le principal objectif de l'existence ?
Que les chrétiens ne soient pas favorables à une extension du travail le dimanche ne surprendra personne. Pour eux, le Jour du Seigneur n'est pas un jour férié comme les autres. C'est le Jour de la Résurrection qu'ils célèbrent dans la joie et la fraternité. Cette obligation du repos dominical suppose de renoncer à d'autres activités, fussent-elles très rémunératrices. Le dimanche est aussi le jour d'une vie familiale plus intense et plus riche. Comment peut-on souhaiter que le tissu familial soit plus riche et plus structurant pour la vie sociale, si chacun des membres de la famille est retenu ailleurs par son travail ? Est-il normal que pour gagner honnêtement sa vie on soit invité à renoncer à la qualité de la vie ? Si des dispositions législatives généralisaient le champ du travail dominical, les dommages humains et sociaux qui en découleraient seraient sans commune mesure avec le profit économique qui peut en résulter. Ce serait une mesure supplémentaire dans la déstructuration de notre vie collective qui ne toucherait pas seulement les chrétiens.
De même, la révision des lois dites de bioéthique nous confronte à un réalisme incontournable. La recherche scientifique et ses applications médicales sont-elles faites pour le bien de l'homme et pour quel modèle d'humanité ? Voulons-nous laisser se développer, dans nos pays avancés, une course effrénée aux brevets, par tous les moyens disponibles ? Voulons-nous laisser instrumentaliser et commercialiser l'être humain sans aucune mesure ni aucune limite ? Il semble aujourd'hui que des personnes de plus en plus nombreuses commencent à entendre ces questions et acceptent d'y réfléchir. Elles savent que nous sommes attentifs à leurs réflexions et toujours disponibles pour y apporter notre contribution. Les avis que nous sommes invités à donner se situent toujours sur le plan qui est le nôtre, c'est-à-dire celui des enjeux humains et moraux des décisions à prendre. Nous préférons évidemment qu'ils ne soient pas sous-estimés devant l'autorité sans partage de spécialistes qui ont parfois tendance à négliger ces dimensions éthiques de la réalité, au moins jusqu'à ce qu'une crise grave les impose.
4. Notre programme.
L'assemblée que nous ouvrons aujourd'hui a un programme chargé qui vous a été communiqué avec les documents préparatoires. Nous ferons le point sur les groupes de travail du Comité Études et Projets et nous aviserons aux suites à donner pour les différents groupes. Tous concernent de quelque manière des questions déjà évoquées à l'instant. D'autre part, nous avons à valider les cahiers des charges des commissions et des conseils épiscopaux et ceux des services nationaux qui en dépendent. Dans ce travail d'évaluation sur la mise en place commencée il y a trois ans, nous ne négligerons pas non plus d'intégrer, nous aussi, ce que je disais précédemment sur l'ajustement des projets et des initiatives aux moyens dont nous disposons, notamment les moyens économiques dont les contraintes doivent impérativement être mieux assumées. Les élections des présidents de commissions ou de conseils qui suivront ce débat devront tenir compte de cette exigence d'une réduction de nos dépenses et d'une gestion plus rigoureuse, au moins aussi rigoureuse que celle que nous appliquons courageusement dans nos diocèses.
Il nous reste maintenant à nous mettre au travail et à faire en sorte qu'il soit fécond pour autant qu'il dépend de nous. Pour ce qui dépend de Dieu nous savons qu'Il ne nous fera pas défaut.
Discours de clôture du card. Vingt-TroisFaire du dimanche un temps fort de notre vie
ROME, Dimanche 9 novembre 2008 (ZENIT.org) - Le cardinal Vingt-Trois a conclu son discours de clôture de l'assemblée des évêques de France à Lourdes, en revenant sur un thème de son discours d'ouverture, appelant à la responsabilité de chaque baptisé : le dimanche.
« Le dimanche, Jour du Seigneur, sera respecté et reconnu par tous si nous sommes fidèles à en faire un temps fort de notre vie ; si chaque chrétien se laisse appeler à rendre gloire à Dieu en Église pour tous ses dons ; si nous vivons de telle manière qu'il ne soit pas dans notre société un jour ordinaire parmi les jours, parce qu'il n'est pas un jour ordinaire dans notre propre vie », a fait observer à Lourdes, ce dimanche 9 novembre, le président de la conférence des évêques de France, le cardinal archevêque de Paris, André Vingt-Trois.
Le cardinal y aborde entre autres la question du patrimoine et de l'avenir des églises, mais aussi de l'engagement social des catholiques.
Discours de clôture du card. Vingt-Trois
Chers Frères,
Au terme de cette assemblée, je veux d'abord vous inviter à l'action de grâce. Nous pouvons nous réjouir du travail que nous avons accompli et, après Dieu, j'en remercie en premier les collaborateurs et les experts qui nous ont aidés comme aussi tout le personnel du Secrétariat général et des Domaines de Lourdes. Nous avons approfondi notre sens de l'Église et de sa mission en ce temps.
1. Une Église de témoins
Il y a bientôt trente ans, la célèbre image électorale de la « force tranquille » était l'église d'un village dans un paysage français bucolique. Sans doute, le spécialiste de marketing chargé de cette campagne savait-il que cette image rejoindrait les tréfonds de la mémoire collective inconsciente de l'électorat français, quelles que fussent, par ailleurs, ses convictions et ses croyances. Elle exprimait l'intégration profonde de la foi chrétienne dans la culture et la géographie de notre pays et dans sa mémoire.
En réfléchissant sur l'avenir de nos églises, nous avons pressenti que, si elle n'est pas complètement obscurcie, cette mémoire est bien affaiblie. Quel que soit l'attachement de nos villages et des municipalités à leurs églises, la signification spécifique et le symbolisme de celles-ci échappent à beaucoup. Le monument demeure, mais la réalité qu'il signifie, suppose que le peuple qu'il peut accueillir, donne vie à son message, faute de quoi il n'en resterait que le mémorial des artistes anciens. Ce groupe de travail nous a fourni, me semble-t-il, une bonne parabole de la condition chrétienne dans la société de notre temps.
Il ne s'agit pas pour nous, chrétiens, d'être les héritiers précautionneux des souvenirs d'une religion qui a jadis irrigué nos campagnes, mais d'être les acteurs vivants de la fécondité actuelle de ce patrimoine. Nous ne sommes pas les gardiens des trésors artistiques dont on ne voit que la beauté, et encore sans en comprendre toujours le sens. Nous ne sommes pas davantage les témoins historiques des valeurs humanistes passées, jadis inspirées par la foi chrétienne. A quoi bon ressasser comme des invocations les impératifs du respect de la personne humaine, si nous n'étions pas en même temps les acteurs sociaux qui mettent eux-mêmes en œuvre ces impératifs et les serviteurs de cette dignité auprès des personnes les plus vulnérables ?
Aujourd'hui, beaucoup de catholiques vivent encore en référence à une société qui, pour être laïque, n'en soutenait pas moins une vision de la dignité humaine héritée de l'humanisme chrétien, parfois revisité par les philosophes des Lumières ou les moralistes d'un XIXe siècle qui n'en a jamais manqué. Ils attendent de la société qu'elle soit la gardienne de cette vision de l'homme tout en prévoyant, par une loi justificative, que chacun puisse y déroger selon ses goûts, ses besoins ou ses souffrances. Ils attendent de l'Église qu'elle veille à cette mission de la société et qu'elle la supplée au besoin, sans manquer non plus de fournir la justification des transgressions.
Le pluralisme religieux et culturel qui marque notre pays en ce XXIe siècle nous invite à plus de lucidité et de courage. Le temps est venu où la transmission de la vision de l'homme que nous recevons de la foi ne peut plus être déléguée aux corps constitués, civils ou religieux. Elle est la tâche et la mission de chacun. Nos églises, toutes nos églises, seront ouvertes et vivront si nous les habitons de notre vie et de nos prières, si elles sont vraiment la maison où se rassemblent les chrétiens pour la rencontre de Dieu. C'est à chaque chrétien, à chaque groupe de chrétiens, de manifester son attachement à son église par l'usage qu'il en fait. De même, la haute idée que l'Évangile nous donne de la vocation et de l'avenir de l'homme sera prise en considération si, et seulement si, chaque membre de l'Église, selon son état et à la mesure de ses forces et de ses faiblesses, prend à cœur de mener une vie renouvelée par la foi. Ce n'est ni le gouvernement, ni les élus qui vont assumer la promotion d'une vision chrétienne de l'homme et témoigner de l'Évangile du Christ. C'est à nous, Église du Christ, que revient la mission de mettre en évidence la richesse de cet Évangile.
2. Une Église pour les hommes
Cette conviction d'être dépositaires d'une vision de l'homme qui doit lui assurer une vie meilleure dès ici-bas, ne nous pousse pas à ce que certains aiment à nommer un « repli identitaire », au contraire. L'écoute de la Parole de Dieu, que le récent synode nous invite à renouveler et à approfondir, ne nous détourne pas des préoccupations de nos contemporains. Elle nous pousse au contraire à être parmi eux les témoins d'une Parole que nous portons en tremblant et qui est plus que l'expression de nos opinions ou de notre vision du monde. Nous sommes nourris par la Parole de Dieu. A travers les faiblesses de notre témoignage, par la puissance de l'Esprit, c'est Dieu Lui-même qui s'adresse à l'homme d'aujourd'hui.
Si nous réfléchissons sur la visibilité de l'Église, ce n'est pas pour mettre au point une nouvelle méthode de marketing évangélique. Nous ne travaillons pas sur l'image de l'Église que nous voulons donner. Nous travaillons sur notre mission de rendre visibles la Promesse de Dieu et les fruits de la grâce à travers chacune de nos existences. La visibilité authentique de l'Église en ce monde, c'est la visibilité du corps ecclésial, de la vie de chacun de ses membres et de leur communion dans la foi vécue et célébrée ensemble.
Mais que pouvons-nous apporter dans ce monde ? Quel est finalement le message que nos vies s'efforcent de rendre visible à travers les choix et les comportements de chaque jour ? Comme notre religion est une religion de liberté et d'amour, notre message est un message de liberté et d'amour. L'amour de Dieu nous a libérés dans le Christ et nous avons reçu un Esprit qui fait de nous des fils dans la liberté : « C'est pour que nous restions libres que le Christ nous a libérés. » (Gal. 5, 1) Si nous sommes libérés ce n'est pas pour nous soumettre à nouveau à l'esclavage d'un conformisme social qui ne supporte pas plus les paroles qui éclairent que les paroles qui dérangent. Nous sommes fiers de notre liberté et nous voudrions la faire partager à tous. Mais cette liberté souveraine, avant d'être un droit, est une mission. Elle nous est donnée, mais nous devons la préserver et la développer par notre capacité à choisir ce qui est bon pour nous et ce qui est bon pour l'homme, et de rendre ce choix possible au plus grand nombre. C'est une liberté absolue mais qui est régulée et mesurée par l'amour. Ainsi, nous manifestons que la liberté de l'homme n'est pas licence, mais combat pour un plus grand amour. Ce combat est celui du discernement spirituel. Nous recevons tout, mais nous ne pouvons pas tout faire : « Tout est à vous, mais vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu. » (I Cor. 3, 22).
Notre travail sur les questions de bioéthique nous a confrontés à cette règle d'or de la liberté humaine : tout ce qui est techniquement possible n'est pas forcément bon pour l'accomplissement de la vocation humaine. Et la règle du discernement n'est pas seulement d'éviter les nuisances ni les souffrances. Elle est de promouvoir un usage de l'univers, de notre intelligence et de ses prouesses qui soit au service de l'amour, c'est-à-dire du don de soi. Certes, la liberté et l'amour ne sont pas l'exclusivité des chrétiens ni même des croyants. L'une et l'autre sont inscrits au cœur de tout homme, au moins sous la forme d'un désir et d'une espérance. C'est pourquoi nos convictions sur la dignité de la personne humaine ne sont pas une sorte de particularisme religieux. Elles s'adressent à toute conscience humaine droite. Elles s'enracinent dans la certitude que tout homme est accessible à leur message.
Nous nous réjouissons de la passion des chercheurs et des applications de leurs découvertes pour soulager ceux qui souffrent. Nous voulons les encourager et soutenir leurs efforts. Les avertissements que nous adressons à nos contemporains ne sont donc pas l'expression d'une volonté de réduire les capacités humaines aux limites d'une morale religieuse, moins encore de brider les capacités de recherche de l'intelligence humaine. Ils expriment notre espérance enracinée dans la foi chrétienne : que l'homme est capable de surmonter ses désirs immédiats et la frénésie de tout tenter ; qu'il est capable de domestiquer le monde et la nature, non pour en faire des objets disponibles pour ses appétits, mais pour en faire un moyen de croissance dans la liberté personnelle et dans l'amour de nos semblables.
Nous partageons ainsi la réflexion de Benoît XVI : « Quand les hommes se proclament propriétaires absolus d'eux-mêmes et uniques maîtres de la création, peuvent-ils vraiment construire une société où règnent la liberté, la justice et la paix ? N'arrive-t-il pas plutôt - comme nous le démontre amplement la chronique quotidienne - que s'étendent l'arbitraire du pouvoir, les intérêts égoïstes, l'injustice et l'exploitation, la violence dans chacune de ses expressions ? Le point d'arrivée, à la fin, est que l'homme se retrouve plus seul et la société plus divisée et confuse. » [1].
Ce message peut intéresser l'humanité dans la mesure où chacune de nos existences, conduite par la liberté et l'amour des enfants de Dieu, donne un signe lisible, visible, de la joie promise et donnée par Dieu. C'est notre engagement au service de la justice et de la paix, notre aptitude à faire face aux contraintes de l'existence, notre endurance dans l'adversité, notre confiance en l'humanité aimée et rachetée par Dieu, qui sont notre véritable dignité et qui peuvent devenir la dignité de tout homme.
3. Une Église en mouvement
Certains observateurs attentifs de nos travaux ont cru remarquer que notre présente assemblée était moins tournée vers les affaires intérieures de l'Église et plus attentive aux questions de notre temps. Peut-être auraient-ils pu aussi remarquer que les sujets approfondis ici avec un certain succès sont précisément les fruits des groupes de travail dont nous avons décidé la création il y a trois ans. Cette première étape de notre réorganisation a demandé du temps et nous voyons aujourd'hui que ce temps consacré à notre manière de travailler avait une finalité qui n'était pas seulement le désir de changer, mais le souci d'adapter nos instruments et nos méthodes à une nouvelle période de l'évangélisation.
Nous voyons maintenant comment cette transformation peut porter du fruit. Il s'agit pour nous de continuer cet effort et de lui permettre de produire ses effets. C'est dans ce but que devront être poursuivies les réflexions sur les services de la Conférence, leur finalité pastorale et missionnaire, pour lesquelles l'Assemblée a mandaté le Conseil Permanent.
La dynamique apostolique dans laquelle Benoît XVI nous a confirmés lors de sa récente visite repose essentiellement sur notre capacité à appeler des ouvriers pour la moisson. Une culture de l'appel nous conduit à renouveler sans cesse nos initiatives en direction de tous les membres de notre Église. Nous pouvons déjà rendre grâce pour le nombre imposant d'hommes et de femmes qui se donnent sans compter pour la vie des communautés chrétiennes et pour la mission. En un temps où le militantisme a tant de mal à trouver un nouveau souffle, nous sommes heureux de la collaboration de tant de chrétiens que beaucoup d'organisations nous envient. Dans beaucoup de diocèses et de provinces ecclésiastiques, des formules diverses de formation fondamentale ont vu le jour et se développent pour ces chrétiens. L'appel du récent synode nous invite à accentuer la place centrale de la Parole de Dieu dans ces formations. Souvent se pose la question de la « relève » de ces animateurs. C'est à cette relève que nous devons travailler en appelant sans répit et sans découragement. Si nous progressons dans la formulation des objectifs, des projets et des tâches, ne doutons pas que nous aurons des réponses.
Dans cette culture de l'appel, celui qui concerne les ministères ordonnés doit être notre préoccupation première. Il est même notre préoccupation quotidienne. Beaucoup de diocèses ont pris des initiatives variées pour relancer cet appel. Les provinces nous permettent d'avoir des échanges fructueux dans ce domaine. Mais nous savons que nos appels, si motivés et motivants soient-ils, ne toucheront qu'une infime minorité s'ils ne sont pas appuyés et nourris par les communautés elles-mêmes. Depuis un certain temps déjà, nous pouvons nous réjouir d'être sortis du mutisme qui a sévi trop longtemps. Il nous faut sans doute aller plus loin et provoquer chaque communauté chrétienne à entrer résolument en action : conférences, échanges, veillées de prière, journée du prêtre, etc. Nous devons mettre en œuvre toutes nos capacités d'invention qui sont nombreuses au service de cette cause. Nous venons de terminer une étape dans notre réflexion commune sur la formation des prêtres. Elle ne doit pas être la dernière. Nous devons poursuivre ce travail sereinement mais avec détermination.
Avant de clore cette assemblée, je voudrais en votre nom adresser un salut particulier à tous ceux qui prennent leur part de la mission de l'Église, avant tout aux anonymes qui ne réclament jamais que l'on parle d'eux, mais qui cependant sont la troupe innombrable des témoins de la foi dans notre monde. Chaque prière, chaque geste d'amour, chaque démarche de solidarité et d'entraide comptent devant Dieu et devant les hommes. Un salut plein d'espérance aux laïcs qui assument tant de charges dans le fonctionnement de notre Église et dans sa mission. Un salut fraternel aux religieux et aux religieuses, contemplatifs ou engagés dans l'action pastorale. Un salut reconnaissant aux diacres permanents et à leurs familles. Un salut affectueux aux prêtres, membres de nos presbyterium qui sont nos collaborateurs quotidiens, et aux séminaristes que nous appelons à la joie de suivre le Maître avec confiance.
J'adresse aussi un salut fraternel aux évêques des Conférences épiscopales étrangères qui ont participé à notre assemblée et un message de soutien aux Églises éprouvées à travers le monde. Je ne peux pas toutes les citer mais, du moins, je veux évoquer spécialement l'Église du Viêt-Nam, celle de l'Inde et les chrétiens du Moyen-Orient dans leurs différentes communautés, ainsi que de trop nombreuses régions d'Afrique. A tous, j'adresse nos vœux et l'assurance de notre prière fidèle.
Cher amis, il est temps de conclure. Nous allons célébrer l'Eucharistie dominicale à la Grotte de Lourdes, en communion avec tous les chrétiens qui fêtent aujourd'hui la résurrection du Christ, dans la joie d'être rassemblés par le Seigneur autour de la table de la Parole et de la table du Pain. Le dimanche, Jour du Seigneur, sera respecté et reconnu par tous si nous sommes fidèles à en faire un temps fort de notre vie ; si chaque chrétien se laisse appeler à rendre gloire à Dieu en Église pour tous ses dons ; si nous vivons de telle manière qu'il ne soit pas dans notre société un jour ordinaire parmi les jours, parce qu'il n'est pas un jour ordinaire dans notre propre vie.
Que le Seigneur nous garde dans la communion !
+ Cardinal André VINGT-TROIS
Archevêque de Paris
Président de la Conférence des évêques de France
[1] Homélie pour l'ouverture du synode, 5 octobre 2008.