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Rencontre avec une communauté chrétienne catholique de Moselle, à Thionville (rive gauche). Trouver les infos qu'il vous faut: prière, réflexion, méditation, baptême, première communion,confirmation, sacrement de l'ordre, mariage, funérailles, .......

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Soeur Emmanuelle: témoignage de son directeur spirituel

25 octobre 2008 

Les médias n’ont pas vu que Soeur Emmanuelle était une catholique priante et adorante: le témoignage de son directeur spirituel.

Nous avons demandé pour “Le Nouvelliste” au Père Nicolas Buttet, qui fut le directeur spirituel de Soeur Emmanuelle durant les dernières années de la vie de la religieuse, de témoigner de la spiritualité de la petite mère des pauvres. Il a accepté de nous envoyer ce témoignage émouvant et éclairant qui est paru aujourd’hui dans le journal “Le Nouvelliste”. VP

“Le téléphone sonne : « Allo ? C’est sœur Emmanuelle… Nicolas, j’ai lu ton livre sur l’Eucharistie, je veux faire une retraite de 8 jours en le méditant, voudrais-tu m’accompagner ? Mais attention : c’est sérieux ! Je veux deux entretiens par jours ! Le reste du temps, tu me laisses adorer et tu me donnes de temps en temps quelque chose à manger… Ah ! et puis, à mon âge, j’ai besoin d’un lit tout de même ! ». Difficile de résister à sœur Emmanuelle ! J’ai donc eu la grâce de l’accompagner dans cette première retraite personnelle ; d’autres retraites ont suivi. Après mon ordination sacerdotale, elle me dit : « Je te demande de venir me confesser tous les mois. Attention, c’est sérieux ! Je suis une pauvre pécheresse et je peux partir n’importe quand… alors il faut que je me convertisse avant ! » Cette confession-entretien durait parfois plusieurs heures. Mais il est si dérisoire de parler de temps, lorsque le temps est tellement saisi par l’amour qu’il a déjà un goût d’éternité… et ce goût si doux de la communion des cœurs, qui ne passe pas. “C’est sérieux ! »C’est ainsi que j’ai connu sœur Emmanuelle. Dans la gravité de la vie spirituelle ; dans le sérieux du chemin de sainteté qu’elle voulait emprunter. Résolument ; bravement. « Sœur Emmanuelle par ci, sœur Emmanuelle par là ! » me disait-elle en faisant la moue et en commentant les louanges à son égard ! « Mais tout cela, ce n’est rien ! Qu’est-ce que j’ai fait ? Rien ! Qu’est-ce que Jésus a fait ? Tout ! » Voilà le chemin étroit, celui de l’Evangile vécu dans la radicalité d’une vie intérieure tournée vers le Christ, et le sérieux d’une vie extérieure livrée au service des plus pauvres. Un chemin étroit, dit le Christ. « Oui », renchérit S. Benoît, « un chemin étroit, mais à la fin… le cœur est large ! » C’est vrai ! Après les confessions, sœur Emmanuelle me demandait d’écrire quelques paroles afin de pouvoir les relire : « j’oublie un peu, tu vois ! » Il fallait écrire au feutre rouge et lisiblement… j’avais d’ailleurs droit à un contrôle régulier de la calligraphie au cours des deux ou trois pages d’écriture. A la rencontre suivante, Je retrouvais ces pages rougies, posées sur sa table de nuit… Oui : « c’était sérieux ! » Je n’oublie pas non plus ce regard lumineux, pétillant de la joie d’être « miséricordiée », après l’absolution qu’elle recevait la tête baissée et les mains jointes. Et j’entends encore ces paroles prononcées avec la voix d’une complicité malicieuse, le doigt dressé vers le ciel : « Ah et puis tu vois ! il y a Marie ! Ah ! Marie… (silence !) Tu vois, c’est elle qui me mènera au ciel. J’ai jamais lâché Marie, elle ne me lâchera pas, c’est certain ! J’ai prié le chapelet tous les jours et maintenant le rosaire. C’est tellement beau le chapelet ! » Là j’avais compris que le Bon Dieu pouvait toujours essayer de s’aligner avec Marie ! Il ne pourrait que craquer ! Un jour, Rentrant dans sa chambre, je la croyait assoupie. Je la salue ; elle lève aussitôt sa tête et me dit : « j’étais en train de parler à Jésus, ici dans le tabernacle, et je lui disais : Je ne savais pas que Tu m’aimais tant » ! Cette phrase l’a habitée tout au long des deux dernières années de sa vie. Du fond de ses entrailles remuées par l’amour elle répétait, aussi stupéfiée que convaincue: « je ne savais pas que Tu m’aimais tant ! » Lors d’une retraite, je lui suggérais la lecture du petit journal de Sainte Faustine, cette religieuse que Jésus appelait « la secrétaire de ma Miséricorde ». J’arrive pour l’entretien du matin et elle me dit, toute enthousiaste : « Ecoute, Nicolas, écoute ce que Jésus dit à Sainte Faustine : Plus ton péché est grand, plus tu as droit à ma Miséricorde. Tu te rends compte : ON A DROIT A SA MISERICORDE !, pas seulement la miséricorde… mais un droit à la miséricorde, un droit… pour les pécheurs ! ». Elle écrivit cette phrase sur la bouteille d’eau de Lourdes qui reposait sur sa table de travail. Sœur Emmanuelle, aimait à rappeler cette grâce de pouvoir communier presque tous les jours depuis l’âge de douze ans. Cette communion quotidienne était sa force et sa consolation. Plusieurs fois, dans les bidonvilles du Caire, elle avait risqué sa vie au petit matin obscur, pour aller à la messe, à une heure de marche de sa cabane. Un jour elle me dit : « Je ne peux plus marcher seule ! » Cette remarque m’étonna car elle n’avait guerre l’habitude de se « prendre la tête » avec ses ennuis de santé ! J’ai compris un peu après ce qui la préoccupait tant : « tu vois, je vais chaque nuit, vers minuit, adorer Jésus à la chapelle, et maintenant je ne peux plus aller le trouver au Saint-Sacrement ! »Voyant sa souffrance intérieure, je décide de demander à l’évêque l’autorisation d’installer un tabernacle dans sa chambre afin qu’elle puisse adorer Jésus depuis sa chaise roulante ou son lit. L’évêque saisit aussitôt l’enjeu spirituel et accepte la proposition. Je vois encore le visage de Sr Emmanuelle à la venue de Jésus-Eucharistie dans sa chambre ! A chaque fois, c’était la même fascination, la même joie… « Il est là ! Il est là ! La nuit, j’ouvre les yeux et Jésus est là ! Quel cadeau ! » Dieu m’a fait la grâce de connaître Sœur Emmanuelle un peu de l’intérieur. C’est-à-dire, avec les yeux humides de tant de confidences, de tant de communion, de tant d’actions de grâce, de tant d’émerveillements partagés. « C’est beau de vivre ! Et c’est beau de mourir, car la mort, c’est la porte de la vie éternelle ». Merci, sœur Emmanuelle, de nous avoir montré cette porte et de l’avoir franchie… depuis longtemps déjà !

Père Nicolas Buttet

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