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Benoît XVI encourage la France sur le chemin de la « laïcité positive »
Il estime que la méfiance du passé entre l’Etat et l’Eglise s’est transformée en dialogueROME, Vendredi 12 septembre 2008 (ZENIT.org) - Dans son discours au président de la République française, Nicolas Sarkozy, et aux autorités de l'Etat, ce vendredi, à l'Elysée, le pape Benoît XVI a affirmé qu'une « nouvelle réflexion sur le vrai sens et sur l'importance de la laïcité, est devenue nécessaire ».
Le pape a souligné qu'entre l'Etat français et l'Eglise « la méfiance du passé s'est transformée peu à peu en un dialogue serein et positif, qui se consolide toujours plus ».
« Un nouvel instrument de dialogue existe depuis 2002 et j'ai grande confiance en son travail, car la bonne volonté est réciproque, a-t-il ajouté. Nous savons que restent encore ouverts certains terrains de dialogue qu'il nous faudra parcourir et assainir peu à peu avec détermination et patience ».
La question de la laïcité était l'un des thèmes les plus attendus du voyage de Benoît XVI en France. Un thème qui a suscité de grands débats ces derniers jours.
Le pape a fait référence à ces débats et a rappelé que « le Christ avait déjà offert le principe d'une juste solution lorsqu'il répondit à une question qu'on Lui posait : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ».
Benoît XVI a repris l'expression de « laïcité positive » utilisée par le président Sarkozy lors de sa visite à Rome il y a quelques mois et reprise dans le discours du président au pape, ce matin, à l'Elysée, une expression qu'il a invité à approfondir.
« En ce moment historique où les cultures s'entrecroisent de plus en plus, je suis profondément convaincu qu'une nouvelle réflexion sur le vrai sens et sur l'importance de la laïcité est devenue nécessaire », a-t-il ajouté.
Concernant cette « laïcité », le pape a expliqué qu'il « est en effet fondamental, d'une part, d'insister sur la distinction entre le politique et le religieux, afin de garantir aussi bien la liberté religieuse des citoyens que la responsabilité de l'État envers eux », et d'autre part « de prendre une conscience plus claire de la fonction irremplaçable de la religion pour la formation des consciences et de la contribution qu'elle peut apporter, avec d'autres instances, à la création d'un consensus éthique fondamental dans la société ».
Cette fonction de la religion est particulièrement nécessaire dans la société actuelle « qui offre peu d'aspirations spirituelles et peu de certitudes matérielles ».
Préoccupation pour les jeunes
Le pape a confié sa préoccupation pour les jeunes en disant : « Certains d'entre eux peinent à trouver une orientation qui leur convienne ou souffrent d'une perte de repères dans leur vie familiale. D'autres encore expérimentent les limites d'un communautarisme religieux. Parfois marginalisés et souvent abandonnés à eux-mêmes, ils sont fragiles et ils doivent affronter seuls une réalité qui les dépasse ».
« Il est donc nécessaire de leur offrir un bon cadre éducatif et de les encourager à respecter et à aider les autres, afin qu'ils arrivent sereinement à l'âge responsable. L'Église peut apporter dans ce domaine sa contribution spécifique », a-t-il ajouté.
Le pape a également évoquer le problème de l' « avancée sournoise de la distance entre les riches et les pauvres » ainsi que la protection de l'environnement.
« À travers ses nombreuses institutions et par ses activités, l'Église, tout comme de nombreuses associations dans votre pays, tente souvent de parer à l'immédiat, mais c'est à l'État qu'il revient de légiférer pour éradiquer les injustices », a-t-il dit.
Une nouvelle Europe
Le pape a également fait allusion à l'actuelle présidence française de l'Union européenne en affirmant que c'est l'occasion pour ce pays de « témoigner de l'attachement de la France aux droits de l'homme et à leur promotion pour le bien de l'individu et de la société ».
« Lorsque l'Européen verra et expérimentera personnellement que les droits inaliénables de la personne humaine, depuis sa conception jusqu'à sa mort naturelle, ainsi que ceux relatifs à son éducation libre, à sa vie familiale, à son travail, sans oublier naturellement ses droits religieux, lorsque donc cet Européen saisira que ces droits, qui constituent un tout indissociable, sont promus et respectés, alors il comprendra pleinement la grandeur de la construction de l'Union et en deviendra un artisan actif », a affirmé le pape.
Cette unité doit se construire, selon lui, sur « le respect des différences nationales et des diverses traditions culturelles qui constituent une richesse dans la symphonie européenne ».
La France a des racines chrétiennes
Le pape a dit son appréciation de la France et de Paris une ville qui lui est « familière ».
« J'y reviens avec joie, heureux de l'occasion qui m'est ainsi donnée de rendre hommage à l'imposant patrimoine de culture et de foi qui a façonné votre pays de manière éclatante durant des siècles », a-t-il dit.
Benoît XVI a rappelé la grande contribution de la France à l'Eglise mais aussi celle du christianisme dans le façonnement de la France : car « les racines de la France - comme celles de l'Europe - sont chrétiennes », a-t-il ajouté.
« Implantée à haute époque dans votre pays, l'Église y a joué un rôle civilisateur auquel il me plaît de rendre hommage en ce lieu », a-t-il affirmé, en rappelant les parmi les signes présents dans l'histoire et la culture française, « les milliers de chapelles, d'églises, d'abbayes et de cathédrales qui ornent le coeur de vos villes ou la solitude de vos campagnes ».
Le pape a conclu en souhaitant « paix et prospérité, liberté et unité, égalité et fraternité » pour la France, en confiant ces souhaits « à l'intercession maternelle de la Vierge Marie, patronne principale de la France ».
« Que Dieu bénisse la France et tous les Français ! », a conclu Benoît XVI.
Discours de bienvenue du président Nicolas Sarkozy à Benoît XVI
ROME, Vendredi 12 septembre 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le discours que le président français Nicolas Sarkozy a prononcé ce vendredi lors de la cérémonie d'accueil de Benoît XVI, au palais présidentiel de l'Elysée.
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Très Saint Père,
C'est un honneur pour le gouvernement français, pour toutes les personnes présentes dans cette salle, et bien sûr pour moi-même et pour ma famille, de vous accueillir aujourd'hui au Palais de l'Elysée.
Tout au long de son histoire, la France n'a cessé de lier son destin à la cause des arts, des lettres, de la pensée, toutes ces disciplines qui forment cet art de vivre au plus haut de soi-même et qu'on appelle culture. En consacrant à Paris l'une des étapes de votre visite, en choisissant le collège des Bernardins, au cœur du quartier latin, pour prononcer l'un des discours les plus attendus de votre voyage, en acceptant l'invitation de l'Institut, vous honorez la France au travers d'un attribut qui lui est donc particulièrement cher : sa culture, une culture vivante qui plonge ses racines entremêlées dans la pensée grecque et judéo-chrétienne, dans l'héritage médiéval, la Renaissance et les Lumières ; une culture que vous connaissez admirablement bien et que vous aimez.
Qu'ils soient catholiques ou fidèles d'une autre religion, croyants ou non croyants, tous les Français sont sensibles à votre choix de Paris pour vous adresser cet après-midi au monde de la culture, vous qui êtes, profondément, un homme de conviction, de savoir et de dialogue. Vous renouvelez l'honneur fait à la France par votre prédécesseur Jean-Paul II et son magistral discours de 1980 à l'UNESCO, dont l'histoire n'a cessé depuis de vérifier les intuitions profondes et la largeur de vue.
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Pour les millions de Français catholiques, votre visite est un évènement exceptionnel. Elle leur procure une joie intense et suscite de grandes espérances. Il est naturel que le Président de la République, le gouvernement, l'ensemble des responsables politiques de notre pays, s'associent à cette joie, comme ils s'associent régulièrement aux joies et aux peines de tous nos compatriotes quels qu'ils soient. Je veux, en votre présence, adresser aux catholiques de France tous mes vœux pour la réussite de cette visite.
J'ai souhaité que soient présents dans cette salle un certain nombre d'entre eux, connus ou moins connus, mais engagés dans tous les secteurs de la société : mouvements de jeunesse et éducation, secteur social et associatif, santé, entreprise, syndicalisme, administration et vie politique, journalisme, communauté scientifique, monde du sport, des arts et du spectacle, monde de la littérature et des idées, et bien sûr institutions ecclésiales. Ils sont le visage d'une Eglise de France diverse, moderne, qui veut mettre toute son énergie au service de sa foi.
Sont également présents dans cette salle, et je les en remercie, les représentants des autres religions et traditions philosophiques, et beaucoup de Français agnostiques ou non croyants, eux aussi engagés pour le bien commun. Dans la République laïque qu'est la France, tous vous accueillent avec respect en tant que chef d'une famille spirituelle dont la contribution à l'histoire du monde et de la civilisation n'est ni contestable, ni contestée.
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Très Saint Père, le dialogue entre la foi et la raison a occupé une part prépondérante dans votre cheminement intellectuel et théologique. Non seulement vous n'avez cessé de soutenir la compatibilité entre la foi et la raison, mais encore vous pensez que la spécificité et la fécondité du christianisme ne sont pas dissociables de sa rencontre avec les fondements de la pensée grecque.
La démocratie non plus ne doit pas se couper de la raison. Elle ne peut se contenter de reposer sur l'addition arithmétique des suffrages, ni sur les mouvements passionnés des individus. Elle doit également procéder de l'argumentation et du raisonnement, rechercher honnêtement ce qui est bon et nécessaire, respecter des principes essentiels reconnus par l'entendement commun. Comment d'ailleurs la démocratie pourrait-elle se priver des lumières de la raison sans se renier elle-même, elle qui est fille de la raison et des Lumières ? C'est là une exigence quotidienne pour le gouvernement des choses publiques et le débat politique.
Aussi est-il légitime pour la démocratie et respectueux de la laïcité de dialoguer avec les religions. Celles-ci, et notamment la religion chrétienne avec laquelle nous partageons une longue histoire, sont des patrimoines vivants de réflexion et de pensée, pas seulement sur Dieu, mais aussi sur l'homme, sur la société, et même sur cette préoccupation aujourd'hui centrale qu'est la nature. Ce serait une folie de nous en priver, tout simplement une faute contre la culture et contre la pensée. C'est pourquoi j'en appelle à une laïcité positive.
En cette époque où le doute, le repli sur soi, mettent nos démocraties au défi de répondre aux problèmes de notre temps, la laïcité positive offre à nos consciences la possibilité d'échanger, par delà les croyances et les rites, sur le sens que nous voulons donner à nos existences.
La France a engagé, avec l'Europe, une réflexion sur la moralisation du capitalisme financier. La croissance économique n'a pas de sens si elle est sa propre finalité. Seuls l'amélioration de la situation du plus grand nombre et l'épanouissement de la personne en constituent ses buts légitimes. Cet enseignement, qui est au cœur de la doctrine sociale de l'Eglise, est en parfaite résonnance avec les enjeux de l'économie contemporaine mondialisée. Notre devoir est de l'entendre.
De même, les progrès rapides et importants de la science dans les domaines de la génétique et de la procréation posent à nos démocraties de délicates questions de bioéthique. Elles engagent notre conception de l'homme et de la vie, et peuvent conduire à des mutations de société. C'est pourquoi elles ne peuvent rester l'affaire des seuls experts.
La responsabilité du politique est d'organiser le cadre propre à cette réflexion. C'est ce que la France fera avec les Etats généraux de la bioéthique qui se dérouleront l'an prochain. Naturellement, les traditions religieuses et philosophiques doivent être présentes à ce débat, avec leur réflexion et leur expérience, riches de tant de siècles.
La laïcité positive, la laïcité ouverte, c'est une invitation au dialogue, à la tolérance et au respect.
C'est une chance, un souffle, une dimension supplémentaire donnée au débat public.
C'est un encouragement pour les religions, comme pour tous les courants de pensée. Et aussi un défi : car il y a trente ans encore, aucun de nos prédécesseurs n'aurait pu imaginer, ni même soupçonner, les questions auxquelles nous sommes aujourd'hui confrontés.
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Très Saint Père, vous vous rendrez demain à Lourdes. Dans le cœur de millions de personnes en France et dans le monde, Lourdes tient une place particulière. On y vient souvent chercher une guérison du corps, on en revient avec une guérison de l'âme et du cœur. Même pour le profane, il existe bien un miracle de Lourdes : celui de la compassion, du courage, de l'espérance, au milieu de souffrances physiques ou morales souvent extrêmes et indicibles.
La souffrance, qu'elle soit le fait de la maladie, du handicap, du désespoir, de la mort ou tout simplement du mal, est assurément l'une des principales interrogations que pose la vie à la foi ou à l'espérance humaine. A cet égard, ce que vous direz lundi aux malades sera écouté bien au-delà de la communauté catholique. Mais par sa capacité à affronter la souffrance, à la surmonter et à la transformer, l'homme donne aussi, aux croyants comme aux non croyants, un signe tangible, une preuve manifeste de sa dignité.
La dignité humaine, l'Eglise ne cesse de la proclamer et de la défendre. A nous, responsables politiques, il incombe de la protéger toujours davantage, en défiant les contraintes économiques et en surmontant les hésitations politiques, dans le respect de la démocratie et de la liberté de conscience qui sont des éléments constitutifs de cette dignité.
Quand la France crée le revenu de solidarité active, elle cherche un moyen d'assurer à tous les conditions matérielles d'une existence digne sans dévaluer le travail.
Quand elle engage un plan massif contre la maladie d'Alzheimer, elle se donne les moyens d'assurer leur dignité à un nombre croissant de personnes touchées par cette maladie.
Quand elle crée un contrôleur général des prisons, réforme son système pénitentiaire, investit pour garantir une cellule individuelle à tout prisonnier, elle veut concilier la protection de la société avec la dignité de chaque détenu.
Quand elle dessine de nouveaux contours à sa politique d'immigration, elle entend respecter la dignité de chaque étranger, mais assume cette conviction raisonnable, et en tout cas raisonnée, que les désordres d'une immigration non contrôlée portent atteinte à la dignité de tous. Cette politique serait condamnable si elle ne cherchait pas à donner, grâce au développement, des conditions de vie meilleure aux populations concernées dans leur pays d'origine. C'est notre engagement.
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Progressivement, la dignité humaine s'est imposée comme une valeur universelle. Elle est au cœur de la Déclaration universelle des droits de l'homme, adoptée ici à Paris il y a soixante ans. C'est le fruit d'une convergence exceptionnelle entre l'expérience humaine, les grandes traditions philosophiques et religieuses de l'humanité et le cheminement même de la raison.
A l'heure où ressurgissent tant de fanatismes, à l'heure où le relativisme exerce une séduction croissante, où la possibilité même de connaître et de partager une certaine part de la vérité est mise en doute, à l'heure où les égoïsmes les plus durs menacent les relations entre les nations et au sein des nations, cette option absolue pour la dignité humaine et son ancrage dans la raison doivent être tenus pour un trésor des plus précieux.
Là réside le vrai secret de l'Europe, celui dont l'oubli a précipité le monde dans les pires barbaries, celui qui ranime sans cesse notre désir d'agir pour la paix et la stabilité du monde, et conforte notre légitimité à le faire, hommes et femmes de bonne volonté ensemble.
Là se trouve aussi l'esprit de l'Union pour la Méditerranée. Jamais celle-ci n'aurait vu le jour si nous n'avions puisé dans la pertinence de notre idéal et la force de la raison, l'audace de la proposer et l'énergie d'en convaincre nos partenaires.
Je connais, Très Saint Père, et je partage votre inquiétude croissante pour certaines communautés chrétiennes au travers le monde, notamment en Orient. Je veux spécialement saluer, à cet égard, Monsieur Estifan Majid, présent parmi nous, qui est le frère de l'archevêque de Mossoul récemment assassiné, Monseigneur Faraj Rahho. L'Union pour la Méditerranée est la réponse à cet enjeu essentiel qu'est la coexistence de communautés pluriconfessionnelles sur un même territoire. Car si cela est possible autour de la Méditerranée, alors cela sera possible ailleurs, au Moyen-Orient et dans le monde. Avons-nous, au demeurant, un autre choix ?
En Inde, chrétiens, musulmans et hindouistes doivent renoncer à toute forme de violence et s'en remettre aux vertus du dialogue. Ailleurs en Asie, la liberté de pratiquer sa religion, quelle qu'elle soit, doit être respectée. La France, qui a beaucoup fait pour que toutes les convictions puissent coexister et s'exprimer, demande que la réciprocité soit respectée partout dans le monde, pour toutes les religions. De même, elle accueille l'intérêt suscité par le bouddhisme en Occident. Le Dalai Lama, chef spirituel du bouddhisme tibétain, livre des enseignements auxquels nos sociétés sont de plus en plus attentives. Il mérite d'être respecté et écouté pour cela.
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La paix durable et véritable n'est possible que par le dialogue. Un dialogue authentique. Un dialogue fondé sur le vrai désir et la passion réelle de comprendre un point de vue différent. Un dialogue qui reçoit autant qu'il donne, tant il est vrai que, dans le dialogue, il est plus facile de délivrer sa vérité que d'accueillir celle de l'autre. Un dialogue où chacun accepte le principe qu'il peut changer d'avis ou faire évoluer son opinion. Un dialogue qui ne reporte pas tous les problèmes sur le religieux et le culturel, mais qui ne les ignore pas non plus. Un dialogue qui n'est pas le fait d'une élite mondialisée et bien-pensante, mais qui pénètre au fond des peuples. C'est pourquoi les Eglises doivent y participer de manière active.
Rien ne serait plus dommageable que la reprise d'une guerre des religions. C'est pourquoi j'ai voulu parler de religion à Riyad avec le roi d'Arabie Saoudite. Et c'est pourquoi j'ai tenu à insister sur ce que les religions ont en commun, qui est en vérité beaucoup plus grand que ce qui les divise.
Le dialogue avec et entre les religions est un enjeu majeur du siècle naissant. Les responsables politiques ne peuvent s'en désintéresser. Mais ils ne peuvent y contribuer que s'ils respectent les religions. Car il n'y a pas de dialogue sans confiance, et pas de confiance sans respect.
Oui, je respecte les religions, toutes les religions. Je connais les erreurs qu'elles ont commises par le passé et les intégrismes qui les menacent, mais je sais le rôle qu'elles ont joué dans l'édification de l'humanité. Le reconnaître ne diminue en rien les mérites des autres courants de pensée.
Je sais l'importance des religions pour répondre au besoin d'espérance des hommes et je ne le méprise pas. La quête de spiritualité n'est pas un danger pour la démocratie, pas un danger pour la laïcité.
Je ne désespère pas des religions quand je lis, sous la plume de Frère Christian, le prieur de Tibhirine : « L'Algérie et l'Islam, pour moi, c'est un corps et une âme. Je l'ai assez proclamé, au vu et au su de ce que j'en ai reçu, y retrouvant si souvent ce droit fil conducteur de l'Evangile appris aux genoux de ma mère, ma tout première Eglise, précisément en Algérie, et déjà, dans le respect des croyants musulmans ».
Et quand il ajoute, dans ce testament prémonitoire : « J'aimerais, le moment venu, avoir cette lucidité qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu et celui de mes frères en humanité, en même temps que de pardonner de tout cœur à qui m'aurait atteint », alors, oui, je pense que les religions peuvent élargir le cœur de l'homme.
Pour toutes ces raisons, Très Saint Père, soyez le bienvenu en France.
France : Discours intégral de Benoît XVI aux autorités de l’Etat à l’Elysée (12 septembre)
ROME, Vendredi 12 septembre 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le texte intégral du discours que le pape Benoît XVI a prononcé ce vendredi en fin de matinée, au palais présidentiel de l'Elysée, en présence des autorités de l'Etat français.
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Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis !
Foulant le sol de France pour la première fois depuis que la Providence m'a appelé sur le Siège de Pierre, je suis ému et honoré de l'accueil chaleureux que vous me réservez. Je vous suis particulièrement reconnaissant, Monsieur le Président, pour l'invitation cordiale que vous m'avez faite à visiter votre pays ainsi que pour les paroles de bienvenue que vous venez de m'adresser. Comment ne pas me souvenir de la visite que Votre Excellence m'a rendue au Vatican voici neuf mois ? A travers vous, je salue tous ceux et toutes celles qui habitent ce pays à l'histoire millénaire, au présent riche d'événements et à l'avenir prometteur. Qu'ils sachent que la France est très souvent au coeur de la prière du Pape, qui ne peut oublier tout ce qu'elle a apporté à l'Église au cours des vingt derniers siècles ! La raison première de mon voyage est la célébration du 150e anniversaire des apparitions de la Vierge Marie, à Lourdes. Je désire me joindre à la foule des innombrables pèlerins du monde entier, qui convergent au cours de cette année vers le sanctuaire marial, animés par la foi et par l'amour. C'est une foi, c'est un amour que je viens célébrer ici dans votre pays, au cours des quatre journées de grâce qu'il me sera donné d'y passer.
Mon pèlerinage à Lourdes devait comporter une étape à Paris. Votre capitale m'est familière et je la connais assez bien. J'y ai souvent séjourné et j'y ai lié, au fil des ans, en raison de mes études et de mes fonctions antérieures, de bonnes amitiés humaines et intellectuelles. J'y reviens avec joie, heureux de l'occasion qui m'est ainsi donnée de rendre hommage à l'imposant patrimoine de culture et de foi qui a façonné votre pays de manière éclatante durant des siècles et qui a offert au monde de grandes figures de serviteurs de la Nation et de l'Église dont l'enseignement et l'exemple ont franchi tout naturellement vos frontières géographiques et nationales pour marquer le devenir du monde. Lors de votre visite à Rome, Monsieur le Président, vous avez rappelé que les racines de la France - comme celles de l'Europe - sont chrétiennes.
L'Histoire suffit à le montrer : dès ses origines, votre pays a reçu le message de l'Évangile. Si les documents font parfois défaut, il n'en reste pas moins que l'existence de communautés chrétiennes est attestée en Gaule à une date très ancienne : on ne peut rappeler sans émotion que la ville de Lyon avait déjà un évêque au milieu du IIe siècle et que saint Irénée, l'auteur de l'Adversus haereses, y donna un témoignage éloquent de la vigueur de la pensée chrétienne. Or, saint Irénée venait de Smyrne pour prêcher la foi au Christ ressuscité. Lyon avait un évêque dont la langue maternelle était le grec : y a-t-il plus beau signe de la nature et de la destination universelles du message chrétien ? Implantée à haute époque dans votre pays, l'Église y a joué un rôle civilisateur auquel il me plaît de rendre hommage en ce lieu. Vous y avez-vous-même fait allusion dans votre discours au Palais du Latran en décembre dernier. Transmission de la culture antique par le biais des moines, professeurs ou copistes, formation des coeurs et des esprits à l'amour du pauvre, aide aux plus démunis par la fondation de nombreuses congrégations religieuses, la contribution des chrétiens à la mise en place des institutions de la Gaule, puis de la France, est trop connue pour que je m'y attarde longtemps. Les milliers de chapelles, d'églises, d'abbayes et de cathédrales qui ornent le coeur de vos villes ou la solitude de vos campagnes disent assez combien vos pères dans la foi ont voulu honorer Celui qui leur avait donné la vie et qui nous maintient dans l'existence.
De nombreuses personnes en France se sont arrêtées pour réfléchir sur les rapports de l'Église et de l'État. Sur le problème des relations entre la sphère politique et la sphère religieuse, le Christ avait déjà offert le principe d'une juste solution lorsqu'il répondit à une question qu'on Lui posait : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » (Mc 12,17). L'Église en France jouit actuellement d'un régime de liberté. La méfiance du passé s'est transformée peu à peu en un dialogue serein et positif, qui se consolide toujours plus. Un nouvel instrument de dialogue existe depuis 2002 et j'ai grande confiance en son travail, car la bonne volonté est réciproque. Nous savons que restent encore ouverts certains terrains de dialogue qu'il nous faudra parcourir et assainir peu à peu avec détermination et patience. Vous avez d'ailleurs utilisé, Monsieur le Président, l'expression belle de «laïcité positive» pour qualifier cette compréhension plus ouverte. En ce moment historique où les cultures s'entrecroisent de plus en plus, je suis profondément convaincu qu'une nouvelle réflexion sur le vrai sens et sur l'importance de la laïcité est devenue nécessaire. Il est en effet fondamental, d'une part, d'insister sur la distinction entre le politique et le religieux, afin de garantir aussi bien la liberté religieuse des citoyens que la responsabilité de l'État envers eux, et d'autre part, de prendre une conscience plus claire de la fonction irremplaçable de la religion pour la formation des consciences et de la contribution qu'elle peut apporter, avec d'autres instances, à la création d'un consensus éthique fondamental dans la société.
Le Pape, témoin d'un Dieu aimant et Sauveur, s'efforce d'être un semeur de charité et d'espérance. Toute société humaine a besoin d'espérance, et cette nécessité est encore plus forte dans le monde d'aujourd'hui qui offre peu d'aspirations spirituelles et peu de certitudes matérielles. Les jeunes sont ma préoccupation majeure. Certains d'entre eux peinent à trouver une orientation qui leur convienne ou souffrent d'une perte de repères dans leur vie familiale. D'autres encore expérimentent les limites d'un communautarisme religieux. Parfois marginalisés et souvent abandonnés à eux-mêmes, ils sont fragiles et ils doivent affronter seuls une réalité qui les dépasse. Il est donc nécessaire de leur offrir un bon cadre éducatif et de les encourager à respecter et à aider les autres, afin qu'ils arrivent sereinement à l'âge responsable.
L'Église peut apporter dans ce domaine sa contribution spécifique. La situation sociale occidentale, hélas marquée par une avancée sournoise de la distance entre les riches et les pauvres, me soucie aussi. Je suis certain qu'il est possible de trouver de justes solutions qui, dépassant l'aide immédiate nécessaire, iront au coeur des problèmes afin de protéger les faibles et de promouvoir leur dignité. À travers ses nombreuses institutions et par ses activités, l'Église, tout comme de nombreuses associations dans votre pays, tente souvent de parer à l'immédiat, mais c'est à l'État qu'il revient de légiférer pour éradiquer les injustices. Dans un cadre beaucoup plus large, Monsieur le Président, l'état de notre planète me préoccupe aussi. Avec grande générosité, Dieu nous a confié le monde qu'il a créé. Il faudra apprendre à le respecter et à le protéger davantage.
Il me semble qu'est arrivé le moment de faire des propositions plus constructives pour garantir le bien des générations futures.
L'exercice de la Présidence de l'Union Européenne est l'occasion pour votre pays de témoigner de l'attachement de la France aux droits de l'homme et à leur promotion pour le bien de l'individu et de la société. Lorsque l'Européen verra et expérimentera personnellement que les droits inaliénables de la personne humaine, depuis sa conception jusqu'à sa mort naturelle, ainsi que ceux relatifs à son éducation libre, à sa vie familiale, à son travail, sans oublier naturellement ses droits religieux, lorsque donc cet Européen saisira que ces droits, qui constituent un tout indissociable, sont promus et respectés, alors il comprendra pleinement la grandeur de la construction de l'Union et en deviendra un artisan actif. La charge qui vous incombe, Monsieur le Président, n'est pas facile. Les temps sont incertains, et c'est une entreprise ardue de trouver la bonne voie parmi les méandres du quotidien social et économique, national et international. En particulier, devant le danger de l'émergence d'anciennes méfiances, de tensions et d'oppositions entre les Nations, dont nous sommes aujourd'hui les témoins préoccupés, la France, historiquement sensible à la réconciliation des peuples, est appelée à aider l'Europe à construire la paix dans ses frontières et dans le monde entier. À cet égard, il est important de promouvoir une unité qui ne peut pas et ne veut pas être une uniformité, mais qui est capable de garantir le respect des différences nationales et des diverses traditions culturelles qui constituent une richesse dans la symphonie européenne, en rappelant d'autre part que « l'identité nationale elle-même ne se réalise que dans l'ouverture aux autres peuples et à travers la solidarité envers eux » (Exhortation apostolique Ecclesia in Europa, n. 112). J'exprime ma confiance que votre pays contribuera toujours plus à faire progresser ce siècle vers la sérénité, l'harmonie et la paix.
Monsieur le Président, chers amis, je désire une fois encore vous exprimer ma gratitude pour cette rencontre. Je vous assure de ma fervente prière pour votre belle Nation afin que Dieu lui concède paix et prospérité, liberté et unité, égalité et fraternité. Je confie ces voeux à l'intercession maternelle de la Vierge Marie, patronne principale de la France. Que Dieu bénisse la France et tous les Français !