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Rencontre avec une communauté chrétienne catholique de Moselle, à Thionville (rive gauche). Trouver les infos qu'il vous faut: prière, réflexion, méditation, baptême, première communion,confirmation, sacrement de l'ordre, mariage, funérailles, .......

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Evangéliser à temps et à contretemps ?

Evangéliser à temps et à contretemps ?

 

 

            Thibaut DARY, marié et père de 4 enfants, trentenaire, de la « génération JMJ », est l’auteur d’un premier essai coup de poing, "Manifeste pour un christianisme engagé".

Il est laïc en charge ecclésiale dans le diocèse de Nanterre depuis 2004. Diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, il a fondé sa société de conseil en communication, et intervient comme journaliste spécialisé sur les questions culturelles et religieuses, notamment pour L’Homme Nouveau.

 

            Gaston PIETRI, 78 ans, prêtre depuis plus de quarante ans -  actuellement prêtre du diocèse d’Ajaccio,  auteur de nombreux ouvrages et articles parus dans Le Monde et dans La Croix, publie un livre de réflexion "Pourquoi je suis croyant".

Il a été directeur du Centre National de l’Enseignement Religieux (CNER), secrétaire général adjoint de la Conférence des Evêques de France, directeur de l’Institut pastoral d’études religieuses à l’Université catholique de Lyon.

 

            Le dialogue de deux générations dans l’Eglise et de deux conceptions de l’évangélisation.

            - Propos recueillis par Emmanuel PELLAT et Luc ADRIAN - février 2008.

 

 

- Thibaut Dary, pourquoi ce titre presque "idéologique" : Manifeste pour un christianisme engagé ?

 

            Parce que la foi en Jésus-Christ ne peut se vivre que de manière engageante. Avoir été conquis intérieurement par le Christ pose inévitablement la question d’un changement de vie, parfois radical. Quant au terme "manifeste", il illustre l’ambition d’une jeune génération, souvent appelée « la génération JMJ », qui à la suite des appels de Jean-Paul II, désire vivre sa foi de manière affirmée, décomplexée, sans craindre d’aller à contre-courant si nécessaire. Elle ne veut pas regretter, comme Mgr Gaidon, d’avoir « suivi la pente des compromis plutôt que d’user du langage rugueux et prophétique des témoins ». Elle ne veut pas attendre comme l’historien René Rémond l’âge de 82 ans pour s’inquiéter de voir « le christianisme en accusation ». Aujourd’hui, la foi est à partager d’urgence avec le plus grand nombre. Et le christianisme, à vivre tout-de-suite, tout entier.

 

- Ce livre, dites-vous, est le reflet d’une génération de jeunes qui aurait un rôle clé dans un « moment historique » et le « devoir » de rendre sa foi « ostensible » ?

 

            Thibaut Dary : Chaque génération a une place à prendre dans l’histoire chrétienne. Si les temps qui nous ont précédés sont ceux de la déchristianisation, n’avons-nous pas à initier la rechristianisation ? Nous assistons à la panne généralisée des messianismes idéologiques. Le matérialisme est sans espérance et n’apporte aucune réponse aux questions fondamentales. Notre société désenchantée se divertit dans la consommation et la recherche du plaisir.

            La seule parole qui de nos jours soit vraiment consistante pour éclairer le destin humain est celle de l’Eglise. Profitons du fait qu’il reste encore une majorité de Français baptisés. Des choses peuvent être bâties sur ce socle, avant qu’il ne s’effrite davantage. Ne rien faire, c’est accepter que le catholicisme soit bientôt archi-minoritaire chez nous.

 

            Gaston Piétri : Ce que l’on appelle couramment déchristianisation est en réalité l’avènement d’un type de société dans laquelle le message chrétien a eu de moins en moins de prise. En partie, certes, parce que l’on a manqué d’audace dans l’annonce, mais aussi parce que, face à des mutations considérables, l’Eglise est restée trop souvent liée à des modes de présence qui correspondaient à un autre type de société. Je veux parler des rythmes de vie, de l’organisation du temps (par exemple le week-end), des systèmes de valeurs implicites ou explicites, des ruptures de transmission entre générations.

            Dans ce contexte, l’évangélisation passe maintenant de plus en plus par des propositions pastorales qui ne sont pas « classiques ». Les JMJ en sont le plus bel exemple. Le fonctionnement des aumôneries (type aumôneries scolaires) en a été profondément bouleversé. Il ne suffit pas d’inviter, de proposer. Il faut se donner les moyens de saisir et donc d’accueillir des aspirations. Dans ces dernières, il y a pour l’Evangile à la fois des points de rencontre et des points de tensions. On ne peut négliger ni les uns ni les autres. Ces points de rencontre, du point de vue des mentalités, supposent de la part des chrétiens un parti pris de bienveillance qui n’a rien à voir avec une complaisance démagogique.

 

- Mais pourquoi le temps serait-il particulièrement venu de rendre sa foi « ostensible » ?

 

            T.D. : Comment espérer que nos contemporains découvrent le Christ, si nous dissimulons notre foi ? Se cacher rimerait à laisser la déchristianisation se poursuivre encore. Retenir pour soi la chose la plus précieuse que l’on possède, quand elle peut être source de bonheur pour autrui, est purement et simplement égoïste. Il y a un « droit d’inventaire » à exercer sur la pastorale de l’enfouissement, et sur nos complicités avec l’incroyance du monde.

            Moi-même à une époque, je masquais que j’étais croyant au travail, et je le vivais très mal. J’étais tiraillé entre l’appel intérieur au témoignage et une peur bleue d’être jugé et mis à nu. Et puis le soutien des frères m’a aidé à ne plus me cacher. A mon grand étonnement, j’ai connu la paix, heureux que les gens connaissent ma foi et sachent que j’allais à la messe le dimanche. L’ostensibilité dont je parle commence là : accepter d’être vu tel qu’on est. Mais être visible n’est qu’un premier pas. Il faut aller plus loin, en choisissant des modes de vie prophétiques.

 

            G.P. : Si je pense, comme Thibaut, que les grandes espérances, les lendemains qui chantent, n’enthousiasment plus vraiment les gens, ce qui me frappe le plus aujourd’hui est l’épaisseur de l’indifférence. Je ne cesse de côtoyer des personnes qui n’ont pas envie de croire et qui disent ne pas avoir besoin de croire. Elles ne se posent pas de questions, et jouissent de leur liberté de ne pas croire.

            Compte tenu d’une telle situation, je pense que la priorité des priorités est de partager la vie de nos contemporains, leurs centres d’intérêts, leurs préoccupations, pour qu’un jour émerge ce que le théologien protestant Paul Tillich appelle : « la préoccupation de l’ultime ». Soit la question fondamentale de la signification de l’existence. Mais c’est une fois seulement qu’existe une réelle intimité que je peux dire la Bonne Nouvelle.

            Je n’ai pas du tout envie d’être le petit coeur vaillant que j’étais autrefois, qui défilait avec l’étendard (« Nous allons conquérir le monde pour le gagner à Jésus-Christ »). Je ne pense pas que ce genre de méthodes puisse faire avancer d’un pas l’évangélisation de nos contemporains. Je préfère, pour notre temps, l’attitude du Christ se mêlant à la conversation : « De quoi discutiez-vous en chemin ? », demande-t-il aux deux disciples sur la route de Jérusalem à Emmaüs.

 

- Dans votre livre, Gaston Piétri, vous écrivez en effet : « Il ne sert à rien de parcourir les rues et les places en criant Le Christ est ressuscité ». Thibaut Dary, ne faites-vous pas partie d’une nouvelle génération qui pense qu’est revenu le temps, comme celui des premiers chrétiens, d’une annonce kérygmatique et directe de la foi ?

 

            T.D. : Je pense en effet que ceux qui sortent sur les places publiques et vont l’été sur les plages pour annoncer l’Evangile sont cohérents avec ce que nous demande l’Eglise. Mieux vaut éviter de caricaturer leur courage, digne des Apôtres. Ils sortent à découvert et vont chercher des âmes. « Gagner le monde à Jésus-Christ » : mais où est le problème ? Il faut aussi savoir partager la vie de ceux qui nous entourent, bien entendu.

            Mais ma conviction est qu’il y a un moment où il faut oser le kérygme : « Je crois que Jésus-Christ a vraiment vécu, qu’il est mort et qu’il est vraiment ressuscité. Je crois qu’il vit, et qu’il me sauve de la mort. Et toi aussi, il te sauve de ta propre mort ». C’est une provocation intense pour la raison, et aujourd’hui comme il y 2000 ans, « une folie et un scandale ». Cette parole de foi doit pourtant être proclamée. Sinon, qui la dira ?

- Gaston Pietri, vous dites qu’il faut savoir annoncer la Bonne Nouvelle « à temps », et vous, Thibaut Dary, qu’il faut savoir la proclamer « à contretemps ». La nuance est de taille ?

 

            G.P. : Je ne suis pas forcément contre le « contretemps ». Mais si je ne me situe pas dans le temps, je n’ai aucune chance que le « contretemps » soit le bon. Si le scandale pour les Juifs et la folie pour les païens doivent arriver à un moment ou à un autre, il faut que cela arrive au terme d’un chemin. Sinon, c’est moi qui crée la folie et le scandale ! Or, c’est le Christ qui doit créer la folie et le scandale et non ma manière de l’annoncer.

            Même St Paul a été grec avec les Grecs et juif avec les Juifs. Il s’est « inculturé ». Maintenant, en effet, comme l’ai dit Michael Amalados, jésuite ayant vécu en Inde et passionné « d’inculturation », il arrive un moment où il faut savoir être « contre culturel ». Par exemple, le système des castes ne peut pas être introduit dans une communauté chrétienne. Il y a donc des moments où il faut accepter d’être à « contretemps ». Mais je ne peux être « contre culturel » que si toute ma démarche est d’entrer dans la culture, dans les schémas de pensée, qui sont ceux de mes interlocuteurs, de mes compagnons de route, de ceux avec qui je vis. La différence chrétienne doit surgir de l’intérieur et non être plaquée de l’extérieur. A partir de là, les modalités de « contretemps » peuvent être variées. Faut-il sortir dans la rue et profiter d’un attroupement pour dire : « Christ est ressuscité » ? Je ne le fais pas. Est-ce par manque d’audace ? Je ne le crois pas. C’est l’opportunité qui est en cause, et par voie de conséquence la signification de la démarche.

 

- Mais lorsqu’il n’y a plus que 5 % de la population française qui se rend dans les lieux de culte, ne peut-on pas faire autrement que d’aller annoncer la Bonne Nouvelle hors de nos églises ? Et puis ne dit-on pas que la foi naît de l’audition ?

 

            G.P. : « La foi naît de la prédication », dit en effet St Paul au ch.10 de l’Epître aux Romains. Bien sûr que si je n’entends pas la Bonne Nouvelle, je n’ai aucune chance d’adhérer à l’Evangile et de vivre une rencontre explicite avec le Christ. Ce qui veut donc dire qu’il faut qu’elle soit proclamée hors de nos églises, mais pas nécessairement dans la rue. Elle peut être exprimée dans les conversations, dans les rencontres, dans la confidence.

            Je ne crois pas que ce que l’on appelle « l’évangélisation directe » porte beaucoup de fruits. Car aujourd’hui, l’annonce de l’Evangile doit tenir compte de deux réalités. La 1ère est que nous vivons dans un monde où de plus en plus de gens n’ont reçu aucune initiation religieuse et n’ont donc pas les bases nécessaires pour entendre une « annonce directe ». La 2ème est que, dans une société où le marketing a tendance à primer sur tout, je ne crois pas qu’évangéliser avec ces mêmes méthodes, en réfléchissant en termes de « recrutement », d’élargissement de la « clientèle », soit la bonne solution.

 

            T.D. : Sans faire un absolu du porte-à-porte et de toutes ces actions « d’évangélisation directe », j’en ai plutôt eu des échos assez bluffants. En banlieue, de nombreuses personnes sont touchées que les chrétiens viennent jusqu’à elles. Ils sont bien souvent les derniers à leur rendre visite. Cela me fait réfléchir sur ma propre pusillanimité. Car que nous manquions d’audace, j’en suis convaincu. Et pourquoi devrais-je considérer qu’une telle forme d’annonce est le travail de certains chrétiens un peu spécialisés ? Je n’affirme pas que nous ayons à prétendre à tous les charismes, mais je suis fermement convaincu que chaque chrétien se doit d’annoncer la Bonne Nouvelle, jusqu’à s’extraire de son confort ; sans quoi il est infidèle au don baptismal qu’il a reçu.

 

            G.P. : Vous savez, le porte-à-porte, c’est ce que font les Témoins de Jehovah ! Eh bien, dans 9 cas sur 10, les gens parlent de harcèlement. Ils ne parlent pas du courage qu’ils ont d’aller sonner à leur porte, mais plutôt de la manière d’arriver à s’en débarrasser sans trop de fracas. Je ne veux pas dire qu’il ne faut pas occasionnellement aller sonner chez les gens. Mais je n’en ferais vraiment pas la grande affaire de l’annonce de l’Evangile à nos contemporains. Aller vers les gens, c’est tout autre chose. C’est se placer « sur le terrain », car Dieu nous y a précédés et, à partir de là, coopérer avec Dieu pour que la semence germe et fructifie.

 

- Avant d’évangéliser, Thibaut Dary, vous soutenez qu’il y a un préalable : celui d’avoir fait une authentique rencontre de Dieu. N’est-ce pas le premier défi de notre Eglise ?

 

            T.D. - C’est l’urgence. Comme le dit Mgr Daucourt, faire « que les catholiques deviennent des chrétiens ». Chacun doit se poser cette question : « Suis-je un chrétien culturel, même très cultivé, ou suis-je un disciple obéissant de Jésus vivant ? » Il faut ardemment désirer cette rencontre personnelle avec le Seigneur et la chercher de toute son âme, de toute sa force et de tout son esprit. J’ai déjà entendu des chrétiens très zélés et pratiquants soutenir qu’une telle intimité n’était pas possible. Vivant alors selon une morale et des rites, ils se privent d’une relation d’amour avec Dieu. C’est manquer l’essentiel.

 

- Mais une telle « rencontre » est-elle donnée à tout-le-monde ? N’est-ce pas un cadeau de choix, un luxe rare ?

 

            T.D. - Oui, c’est un cadeau. Quant à dire que Dieu en est avare, je ne m’y risquerais pas ! Mais peut-on le recevoir sans le désirer ? C’est une grâce, oui, mais qu’il faut demander. Si nous nous contentons d’une vision idéologique du christianisme, le considérant comme la meilleure solution historique de civilisation pour l’homme, nous le réduisons à un système, alors qu’il est une alliance.

            J’ai moi-même vécu ainsi, avec l’intégralité de la panoplie sociale catholique, toute en signes extérieurs, mais sans ce feu d’une relation d’amour vécue avec le Christ. Le démon nous fait repousser cette rencontre, de peur qu’elle bouleverse notre vie, qu’elle révèle nos péchés, et que Dieu exige de nous l’impossible. Suivre le Christ demande de lâcher beaucoup de choses, et d’accepter l’inconnu. Il est beaucoup plus facile d’en rester à un christianisme à hauteur d’homme, que l’on se croit capable de définir et de maîtriser.

 

- Comment expliquer qu’aujourd’hui, en France, nombreux sont ceux - même parmi les pratiquants, qui n’ont pas fait l’expérience d’une relation personnelle à Dieu ?

 

            G.P. - je ne crois pas que le tableau soit si noir que cela. Vous parlez de 5 % de pratiquants, mais il y a encore 46 % de Français qui demandent le baptême pour leur enfant et qui viennent donc vers l’Eglise ! Là, les gens ne sont pas dans la rue, ils continuent à venir frapper à la porte de l’Eglise.

            Qu’est-ce qu’ils demandent ? Bien sûr qu’ils ne viennent pas pour rencontrer Jésus-Christ. Mais doit-on pour autant ne pas leur proposer une annonce de la foi, comme lors des mariages ou des enterrements ? Il faut faire d ces occasions qui nous sont données des temps d’une vraie proposition de la foi. Les évêques, il y a dix ans, ont dit qu’il fallait passer d’une « pastorale de l’accueil » à une « pastorale de la proposition ».

 

- Mais si 46 % de Français demandent encore le baptême pour leurs enfants, combien reçoivent une éducation religieuse ? Combien de couples mariés à l’Eglise vivent des sacrements et prient ? Et même parmi les catéchumènes adultes, de plus en plus nombreux, quand 80 à 90 % d’entre eux abandonnent au bout de quelques années toute pratique, n’y a-t-il pas un problème avec cette « pastorale de la proposition » ?

 

            G.P. - Vous faites une description un peu catastrophiste ! Quand je parle de 46 % de Français qui demandent le baptême pour leurs enfants, je sais bien que dans le même temps le nombre d’enfants en catéchèse baisse d’année en année. Mais ce n’est pas avec des raisonnements de ce genre que l’on avancera.

            Il n’est pas question de refuser le baptême à tour de bras à des gens dont on n’a pas la certitude absolue que leurs enfants iront au catéchisme. Il n’est pas question non plus de refuser le mariage religieux à des gens dont on n’est pas sûr qu’ils tiendront le coup dans la foi. Il est plutôt question de savoir, puisque ces occasions nous sont données, si ce que nous en faisons est suffisant ou adapté, afin d’éviter que ces chiffres ne continuent de dégringoler.

            La mauvaise réponse consisterait à se dire que ces gens viennent à l’Eglise pour de mauvaises raisons et qu’il faut donc arrêter de passer du temps à préparer toutes ces célébrations de baptême ou de mariage. Ce serait une culture de la récession ! Il faut certainement faire autrement. Et de rites de passage tenter de faire des sacrements de la foi.

 

            T.D. - Il ne s’agit pas de refuser les sacrements, mais d’envisager une annonce plus provocante et incisive de la foi chrétienne à l’occasion de ces moments clés. Et les premiers qu’il faut secouer, c’est nous-mêmes, animateurs pastoraux, pour devenir dans nos paroisses des témoins plus féconds. Afin de grandir, fortifions-nous les uns les autres dans le Christ, et non plus dans le prêchi-prêcha informe du relativisme moderne.

            Quant à savoir si ce que nous faisons est suffisant ou adapté, il paraît évident qu’avec 5 % de pratiquants, il est temps de s’obliger à changer. J’ai eu l’occasion de bénéficier par ma famille des charismes d’un mouvement nouveau qu’est le Chemin Néocatéchuménal, qui multiplie les interpellations dans ses catéchèses et ses liturgies. Trop rares sont, dans nos églises, les lieux d’une annonce kérygmatique de ce type.

 

- L’autre versant du problème n’est-il pas que nos paroisses ne sont plus, trop souvent, de vraies communautés chrétiennes ? On peut annoncer la Bonne Nouvelle, mais si les gens ne se sentent pas accueillis dans une vraie famille, pas étonnant là aussi qu’ils désertent les églises.

 

            G.P. - Aujourd’hui, on voit se multiplier des communautés que je dirai « électives » comme le Chemin Néocatéchuménal, Communion et Libération, les Focolari et en France, celles dont Thibaut parle dans son livre (Communauté de l’Emmanuel, Béatitudes, Chemin Neuf, etc). Je les appelle « électives » car ces communautés sont composées de gens qui ont choisi un style d’existence chrétienne où, malgré des différences de tempéraments et de milieux, tous partagent un certain nombre d’exigences communes.

            Or une paroisse, c’est autre chose. C’est un territoire. Ce qui ne veut pas dire que ne puisse pas se créer un embryon de communauté, mais vous ne faites pas d’un territoire une communauté. C’était le cas autrefois dans les villages, mais aujourd’hui, surtout dans les grandes villes, c’est devenu très difficile.

            Les gens qui se retrouvent pour l’eucharistie dominicale nouent cependant des relations qui leur permettent de vivre une expérience de communauté. Mais cela ne peut se faire que s’ils se retrouvent de manière régulière autour de l’eucharistie et ont le désir de prolonger cette rencontre. La paroisse peut être un support, une rampe de lancement pour des communautés. On ne peut lui en demander davantage.

 

            T.D. - Les prêtres reconnaissent volontiers qu’ils sont souvent face à une « assemblée dominicale » plutôt qu’une « communauté paroissiale ». Nos paroisses peuvent pourtant devenir de vraies communautés. Mais qui rassemblera hommes et femmes de tous âges et de toutes conditions ? Une fois encore : le Christ, et lui seul ! Etre brisé, brûlé et conquis d’amour par Jésus, voilà ce que l’Eglise doit permettre aux fidèles de vivre dans les paroisses. C’est la base de toute vie communautaire chrétienne.

            Sur ce terrain, les communautés « électives » ont mille choses à transmettre aux paroisses territoriales. Par ailleurs, j’ai été très frappé par les propos de Benoît XVI dans son encyclique Deus caritas est, lorsqu’il insiste sur la nécessité de l’entraide fraternelle (jusqu’à la solidarité financière) à l’image des premières communautés de chrétiens. « Voyez comme ils s’aiment », disait-on d’eux. C’est toujours à vivre au présent, mais nous aimons-nous assez pour cela ?

            Pour retrouver dans nos églises cette dimension familiale, il faut laisser la Trinité nous réapprendre à être frères et soeurs. En ce monde, la rencontre de Dieu se fera aussi par contagion, à partir d’une charité complète, authentiquement vécue entre nous.

 

 

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